art et culture
Sur
les marchés et dans les boutiques de curiosités de Maputo,
le touriste peut acquérir à bon marché des sculptures
en bois blanc, extrait du tronc ou de la racine du mafeira, à la
surface noircie au feu, représentant des oiseaux, des figurines
folkloriques, des animaux sauvages en un style quelque peu naïf. Cet
artisanat se nomme en chagana par « pshikelekedana ».
Il constitue un art populaire typique des populations du Sud de Mozambique.
Le bois est taillé au canif ou d’autre instruments (gouve, ciseau) jusqu’à prendre la forme conçue par l’artiste. Ce dernier complète le travail en carbonisant la surface à l’aide d’une barre étroite de fer incandescent, une taille faisant apparaître la couleur claire du bois. Il peint souvent, parfois en rouge, quelque filets, faisceaux ou dessins sur l’oeuvre. L’iconographie du pshikelekedana comprend essentiellement des animaux, hippotames, crocodiles, oiseaux, éléphants, mais les objets sont aussi utilitaires : cuillères, cendriers et plats sont courants. Le « pshikelekedana » est-il un art à part entière ? La question reste débattue. Les producteurs eux-mêmes, mais aussi plusieurs é tudes sur cette question, penchent pour affirmer qu’il ne s’agit pas d’un art mineur dont l’origine semble assez lointaine, en dépit des adaptations thématiques au marché moderne. L’étymologie du terme « pshikelekedana » nous aide peu : on considère le plus souvent qu’il s’agit d’une forme corrompue du mot « crocodile » en dialecte changana. Mais le crocodile est un thème relativement récent dans l’histoire du pshikelekedana, de sorte qu’il est plausible de supposer qu’il existait une autre désignation avant celle usitée actuellement. En terme de créativité et de perfection artistique, le pshikelekedana semble être en stagnation. Certes, des thèmes nouveaux s’imposent au détriment de les thèmes traditionnels : les producteurs d’appuis-nuque et de pièces traditionnelles sont de plus en plus rares mais les artistes n’ont pas encore su renouveller leur. On doit aussi considérer le fait
que les artistes, qui doivent faire face au coût élevé
de la vie, ont tendance à produire mécaniquement pour alimenter
un commerce de rue, mais cet artisanat compte ses maîtres : Ndlate,
Mwatihipo, Nwamba, Chipsacha sont âgés. Le pshikelekedana
leur donna la possibilité d’échapper à une condition
sociale précaire, conditionnée par l’asservissement colonial
ou la préoccupation de devoir assurer leur subsistance durant la
vieillesse. La création de coopératives, qui permit aussi
la structuration d’un enseignement de cet artisanat, permet à la
fois d’assurer une transmission du savoir-faire auprès des jeunes
génération et le maintien d’une activité artistique
et économique appréciable.
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un maître artisan
du pshikelekedana
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Adriano
Chapsacha naquit dans le faubourg de Ndlavela, à Maputo, officiellement
en 1928. Sans doute est-il plus âgé puisqu’en 1986, il affirmait
avoir la « certitude d’avoir plus de 70 ans » d’autant plus
qu’il apprit le pshikelekedana auprès de son oncle, décédé
en 1930. En fait, nombreux étaient les billets d’identité,
de l’ère coloniale, portant une date de naissance erronée.
Les vieux, lors des recensements coloniaux, avaient tendance à minimiser
l’âge de leurs enfants afin qu’ils échappent le plus longtemps
possible à l’obligation fiscale: « ils restaient toujours
enfants ». Devenu président de la Coopérative d’Artisanat,
Andriano Chapsacha bénéficie de son expérience de
maîtrise : « je fus aussi maître d’une fabrique d' azulejos
et de mosaïques. Même quand je travaillais dans une entreprise
grecque, près de Matadouro, j’étais chef, même si le
salaire était minime »
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