art au mozambique
état des lieux - 2              > 1 - 3

du Musée national d'art populaire au MUSART

MUSART, c'est ainsi que l'on appelle le Musée National des Arts, fondé en 1989 et situé à Maputo. Le MUSART reprend et amplifie les objectifs du Musée national d'Art populaire. Ce dernier s'était donné pour objet de promouvoir l'identité nationale mozambicaine en donnant l'accent sur la production artistique populaire.

Ce choix s'imposait dans le contexte d'une période de mobilisation dans laquelle l'art était considéré comme une arme idéologique. L'art public devenait la règle, s'affirmant dans un art mural souvent spontané, parfois commandité, dont les euvres les plus remarquables impliquèrent les artistes de renom. Malagantana, Chissoro, Mankew ornèrent les murs de bâtiments publics. Le plus connu de ces fresques est le mur de la Place des Héros, qui illustre la lutte pour l'indépendance et accueillent les visiteurs au sortir de l'aéroport. Les artistes, particulièrement ceux qui fréquentent le Nucléo de arte étaient invités à s'organiser en un "Centre organisatif des Arts plastiques". Les étudiants en art, de l'ancien département "art visuels" de l'Ecole industrielle, étaient intégrés dans le Centre d'Etudes culturelles (qui allait ensuite devenir l'Ecole des Arts visuels) pour devenir des animateurs socio-culturels polyvalents. Les nécessités économiques et les objectifs révolutionnaires de la République populaire du Mozambique déterminait le destin social des artistes. Mais à cette activité artistique "officielle" s'ajoute un art populaire, souvent confiné aux marchés pour touristes, ou vendu à la sauvette dans les rues. Mais quels rapports se dessinent entre l'art "reconnu" et l'artisanat de rue ? Ils sont plus étroits que l'on ne le pense : nombre d'artisans sont, un jour ou l'autre, reconnus et fréquentent les galeries, par ailleurs, la facture et le style d'artistes connu se répercutent dans l'art populaire, qui évolue aussi au gré des modes et des goûts des acheteurs.

Art et artisanat se confondent au Mozambique, en particulier dans la culture Makonde dont les sculptures créatives et originales sont connues dans le monde entier. Mais d'autres formes d'artisanat existent… la région de Nampula se spécialise dans la fabrication d'objets tournés et de sculptures en "pau preto", un bois dur et noir. Le Sud connaît les Psikelekhedanas, particulier aux provinces de Gaza et Maputo, qui sont des figurines, généralement des animaux stylisés, ou des petits ustensiles, comme des cuillères, ornées et teintes, taillées dans un bois léger et tendre. Par ailleurs, le batik fait objet d'une production intense quoique assez stéréotypée. Cette production artisanale, organisée souvent en coopérative, a ses lettres de noblesse, que le Musée national d'Art populaire cherchait à mettre en évidence, insistant sur la production sculpturale des Makonde ou de la région de Nampula. Les sculpteurs connus et reconnus, comme Chissano, ainsi que les peintres se retrouvaient au Nucléo de Arte.

enjeux stratégiques : héritage portugais et identité nationale

La rupture avec le passé colonial s'accompagna de son lot de destructions de biens culturels : des statues à la gloire des héros portugais furent démontées, et reléguées au rebut. Cette destruction fut de courte durée, et dès 1976, un groupe d'artistes s'interrogèrent sur la fonction muséale. Le "Musée national d'art populaire" devait-il se cantonner à la seule production nationale ou devait-il prendre en compte l'héritage portugais ? Dans le souci de représenter la diversité culturelle mozambicaine et d'assurer la préservation des œuvres portugaises conservées jusqu'en 1975 dans les musées coloniaux, on décida de créer à partir du Musée national d'art populaire une nouvelle institution "Le Musée national de Arte" (MUSART) qui jouerait un rôle d'éducation permanente et de conservation du patrimoine culturel.

Une exposition permanente est désormais consacrée aux arts plastiques et divers projets d'évènements artistiques - expositions temporaires - reçoivent l'appui d'institution privées et publiques internationales. En 1988, une exposition d'art contemporain Makonde "Novos Rumos", préparant la participation mozambicaine à la prestigieuse exposition à Paris "Art Makondé, tradition et modernité" (1989) fut la premiere initiative du MUSART. Le Musée se consacre essentiellement à l'art contemporain du Mozambique, laissant à plus tard l'exploitation pédagogique et muséologique du patrimoine portugais conservé - tant bien que mal - dans ses réserves. Un des problèmes théoriques que affrontent les muséologues africains est de définir la place des arts africains dans un contexte mondial déterminé par la prééminence, tant idéologique que marchande, des canons esthétiques européens. Le regard européen a une attitude paradoxale. Elle privilégie d'une l'approche ethnographique déniant tout esthétisme autre que s'inscrivant dans une fonctionnalité extra-artistique : l'objet d'art africain n'existe pas en soi mais en fonction de son usage culturel ou cultuel.

D'autre part, l'art traditionnel africain se voit appréhendé hors de son contexte sociologique et perçu, par les artistes ou critiques occidentaux, comme une œuvre d'art en soi, faisant l'objet de spéculation marchande. La tâche d'un musée d'Art en Afrique serait plutôt de rendre compte de la place nouvellement conquise d'artistes africains dans le marché mondial de l'art, et en quête d'une reconnaissance propre, échappant aux déterminations sociologiques de la tradition, ou de sa déviation touristico-exotique comme "curiosité".

Directeur (jusqu'en 1995) du Muséu Nacional de Arte, Gilberto Cossa suggère que "l'art africain soit reconnu comme une structure communicative comparable à un idiome, résultant d'une symbiose entre la géographie, l'histoire, la race et l'ethnie. Plus comme un processus continu qu'un objet utilitaire parce qu'il intègre la religion"(1). Une telle définition de l'art peut être discutée, particulièrement en regard de la volonté d'artistes mozambicains d'échapper à ces déterminations culturelles, en se positionnant comme artistes (et non comme artisans) sur la scène internationale, épousant les circuits de reconnaissance et de diffusion propres au marché occidental. Il n'empêche que dans cette perspective comme dans l'autre, l'institution muséale occupe une place stratégique de première importance, en tant qu'instrument pédagogique et de divulgation, mais aussi comme lieu de reconnaissance sociale de la production artistique. A cet égard, le Mozambique a d'ores et déjà accompli les premiers pas décisifs d'un cheminement qu'il poursuit avec l'aide de la communauté internationale.

P. Deramaix

(1) O desenvolvimento du Museu Nacional de Arte e a problemática preservação do nosso legado cultural, Gilberto Cossa in Africa e Mediterraneo n°39-40, septembro 2002. p. 51

http://www.natmus.cul.na/samp/mozambique/moz3.htm

L'incontournable biennale des TDM

la biennale des Télécommunications du Mozambique

Le visiteur à Maputo a tout intérêt à se rendre au siège des Télécommunications du Mozambique. Cette entreprise a choisi d'encourager et de soutenir les artistes mozambicain, étant un des meilleurs exemples de soutien à l'art contemporain en Afrique. Les TDM ont acquis progressivement, par les soins du curateur André Salomão Mabjaia un patrimoine de 400 œuvres et organise tous les deux ans une biennale, accompagnée de la publication d'un catalogue soigné. Ouvert aux artistes mozambicains ou résidents au Mozambique, cet événement est une vitrine culturelle de l'Afrique australe.

 

 

photographies :

1. "do Rovuma ao Maputo", fragment, fresque au palais présidentiel, Maputo, oeuvre collective. extrait de imagens de uma revolução, de Albie Sachs, éd. Partido Frelimo.

2. artistes à Maputo, 1975 - extrait de "Frelimo, terceiro Congresso", éd.Institut Nacional du Livro e du Disco, 1978

art au mozambique - état des lieux - 1e partie

art au mozambique - état des lieux - 3e partie