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Malangatana, monstre sacré

gravure de malangatana

Malangatana Valente Ngwenya est sans doute l'artiste le plus renommé - sur le plan international - du Mozambique. De sa nation, il est en tout cas un ambassadeur culturel indiscuté. Né en 1936 au Sud du Mozambique, au village de Matalana, il bénéficia, chose assez rare à l'époque, de l'éducation élementaire par les missionnaires protestants et fréquenta par la suite une école catholique. Cette éducation ne l'éloigna pas de ses racines culturelles : comme tous les garçons Ronga, il fut initié selon les coutumes ancestrales. Il apprit, auprès de sa tante, son oncle et de son grand père, des éléments de médecine traditionnelle. C'est à douze ans qu'il travailla pour la première fois en ville, à Lourenço Marquès (aujourd'hui Maputo), accomplissant divers petits métiers dont celui de "ball boy" au club de tennis. C'est là qu'un membre du club reconnut ses talents artistiques et l'encouragea à étudier l'art, auprès d'un artiste du cercle artistique "Nucleo de arte", João Aires. Il suivit aussi des cours de peinture décorative à l'Ecole industrielle, ayant comme maître le peintre Garizo do Carmo.

Le public eut l'occasion de découvrir ses œuvres lors d'un salon, en 1959, et sa première exposition individuelle eut lieu en 1961. Il avait 25 ans. S'inscrivant dans le courant indigéniste, la publication de ses poèmes dans le journal "Black Orpheu" et dans une "anthologie de la poésie moderne d'Afrique" en 1963 lui valut une notoriété certaine mais il attira aussi l'attention des autorités coloniales. L'année suivante, il fut emprisonné durant 18 mois par la police secrète portugaise qui lui soupçonnait des sympathies pour le Frelimo. En 1971, une bourse de la fondation Gulbakian lui permit d'étudier la gravure et la céramique.

A l'indépendance, il fut chargé de nombreuses œuvres publiques, dont les peintures murales du musée d'Histoire naturelle, du Centre d'Etudes Africaines de l'Université Eduardo Mondlane. Il collabora en outre à l'établissement du Musée national d'art, du Centre d'Etudes culturelles et du Centre pour les arts. Il fut un des fondateurs du "Mouvement mozambicain pour la paix". Son œuvre et son engagement social lui valut de nombreuses distinctions honorifiques tant au Mozambique qu'à l'étranger. Une de ses réalisations les plus intéressantes est l'Association du Centre culturel de Matalana, dont il est actuellement directeur. Cette association est un projet de développement intégré basé sur une formation professionnelle et la création de petites entreprises. Ce projet témoigne d'une approche ethno-anthropologique et écologique intéressante, par notamment, la primauté accordée aux technologies appropriées et à l'aspect culturel et artistique.

Une œuvre prolifique et foisonnante.

oeuvre de Malangatana

La profusion est ce qui caractérise peut être le plus sa peinture : profusion de vie, profusion de corps, d'hommes, de femmes, d'animaux… une unité fondamentale lie l'homme à son environnement sans que ne se distingue une frontière nette entre la condition humaine et la destinée naturelle. La peinture de Malangatana est fortement enracinée dans une tradition culturelle où se discerne les échos, à peine assourdis par la modernité, de la mythologie ronga. Les couleurs sont vives et chaleureuses : les ocres, rouges et bleus dominent un univers où les perspectives du réel s'efface devant l'intensité d'une vie intérieure, vibrante pourtant des turbulences de l'histoire. On sent l'amitié profonde de l'artiste pour son peuple que ni la misère, ni la faim, ni la peur et la mort qu'apportent les guerres ne parviennent à effacer la volonté farouche de vivre.

Chez Malangatana les foules sont agglutinées, comme ces cohues animées que l'on observe fréquemment sur les marchés, dans les bus surbondés, ou, dans ces interminables files d'attente qui marquaient, devant les épiceries et les boulangeries, la vie mozambicaine en temps de guerre. Mais si la densité des corps qui s'entremêlent, la proximité et la multiplicité des visages, expriment parfois la pesanteur d'un destin marqué par la misère, elle signifie aussi la force vitale d'une société soudée, où l'esprit de communauté et d'entraide triomphe des démons.

Un style de sculpture du Nord du Mozambique s'appelle "Ujaama", ce mot qui signifie "communauté", désigne aussi le mouvement des villages communautaires de Tanzanie, mis en place sous Nyerere : une figure patriarcale domine un agglomérat de corps solidaires, hommes, femmes, enfants s'enlacent, étroitement soudés, en un organisme unique, où chacun - à sa place dans sa lignée - est responsable de tous.

Nous retrouvons ce même esprit dans les fresques de Malangatana, particulièrement celle du Centre d'Etudes africaines, à l'université Eduardo Mondlane, Maputo. La gravure, la sérigraphie lui sont familières ainsi que la céramique et s'il est plus volontiers peintre que sculpteur, on lui doit aussi plusieurs bas-reliefs.

Devenue classique, l'œuvre de Malagantana est séminale. L'Afrique ne cultive pas l'individualisme et il est fréquent qu'un artiste influence d'autres et qu'un style, qu'une idée, se répercute, d'artiste en artiste, d'œuvre en œuvre, jusque dans l'art de rue. A moins que ce ne soit le contraire, les artistes trouvant leur inspiration dans les arts traditionnels. Il arrive aussi que des artisans anonymes d'un art exposé sur les marchés pour touristes accèdent au statut d'artiste renommé. Si Malangatana fait école au point de se voir en quelque sorte multiplié à l'infini, et de "peser" quelque peu sur les nouvelles générations d'artistes qui voient le jour après l'indépendance, le maître n'a jamais cessé de renouveler son art en puisant dans les traditions de son peuple, tout en diversifiant ses techniques et évoluant en phase avec le devenir historique de son pays.

P. Deramaix

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