INFO-MOÇAMBIQUE
Accueil du site > EDITO > vent d’Ouest, vent d’Est

Edito - novembre 2008

vent d’Ouest, vent d’Est

jeudi 6 novembre 2008, par Patrice Dx


Ce sera la tâche future des historiens de juger de la portée de l’élection de Barrack Obama à la présidence de l’Etat le plus puissant du monde. On se rejouit sans aucun doute du succès politique d’un homme dont le devenir personnel est emblématique d’un monde globalisé et dont le discours est imprégné de générosité et d’espoir. On se rejouira certainement de ce que la majeure partie de l’électorat américain tourne le dos aux clivages raciaux. La fierté des afro-américains est légitime, car ce qui se passe aujourd’hui aux USA est le résultat d’un long, douloureux, opiniâtre combat pour les droits civiques, un combat qui n’est - soyons lucides - pas terminé.

Les élections américaines suscitent l’espoir non seulement auprès des couches pauvres de la population américaine, non seulement auprès des milieux démocratiques et progressistes, mais aussi dans l’ensemble des pays du sud : celui d’un monde plus pacifié où le leadership des USA ne se mesurera plus en terme de puissance militaire ou d’arrogance économique, mais de justice et de respect de la souveraineté des peuples. Ce chemin est, il est vrai, long à parcourir mais rien n’interdit d’espérer.

Mais pourquoi parlons nous des USA ? Il est étrange que l’on réagisse à cette élection comme si nous en étions les acteurs. Est-ce la marque d’une vassalité, au moins intellectuelle, envers cette nation si influente ? Restons lucides. Même si la nouvelle administration américaine marque un tournant, elle n’en restera pas moins attachée au service d’un Etat qui lie étroitement sa sécurité à ses intérêts économiques. Et ces derniers s’inscrivent dans le développement d’un capitalisme globalisé en profonde crise.

Une crise qui devrait nous incliner à la prudence et à la réserve lors qu’on examine les conséquences à terme sur le plan des rapports nord-sud, sur le plan de la fracture sociale, sur les marchés internationaux des biens essentiels, sur le plan de la gestion de l’énergie et de la problématique climatique et écologique.

A cet égard, nous pourrions comparer le montant des interventions des Etats industrialisés (qui jusqu’à présent s’en tenaient à un néolibéralisme strict) en faveur des banques à ce qui est consacré, par ces mêmes états, à la lutte contre la faim dans le monde. Parce qu’on s’empresse de tirer les capitalistes du bourbier dans lequel ils se sont enlisés, la résolution des questions sociales et écologiques passe au second plan. Bien plus, on peut s’interroger sur la pertinence des mesures étatiques, qui loin d’être une rupture avec le libéralisme, aboutit au surendettement public au bénéfice des institutions bancaires et des compagnies d’assurance privées.

On peut s’en référer à l’analyse critique de E. Toussaint qui décrit la mécanique : "l’Etat donne de l’argent aux institutions financières privées (Fortis, Dexia, ING, banques françaises, britanniques, nord-américaines...). Pour ce faire, les Etats émettent des titres du Trésor public qui sont souscrits par ces mêmes banques et assurances, qui sont restées dans le secteur privé (car l’Etat n’a pas demandé que le capital qu’il apporte lui donne droit à prendre les décisions, ni même à participer aux votes) et qui font de nouveaux profits en prêtant l’argent frais qu’elles viennent de recevoir des Etats à ces mêmes Etats en exigeant bien sûr un intérêt maximum...". (1)

Pour les pays du Sud, les conséquences de la crise risquent d’être dramatiques.

Transformée en crise économique durable, la débacle financière conduit à une diminution de la consommation, et donc de la production. Les échanges nord/sud seront perturbés par la chute de la demande en matières premières, qui fera baisser les prix du pétrole, du gaz, des minerais avec en conséquence la chute des revenus des pays non-industrialisés. L’accroissement du chomage (particulièrement dans le secteur de la construction) amènera à une baisse des revenu des travailleurs et en premier lieu des migrants. Le retour financier vers les pays d’origine se tarira ou se rarifiera, accroissant la pauvreté au sud.

La crise financière n’est qu’un des aspects de la tragédie du capitalisme globalisé : la crise alimentaire trouve sa cause dans la réorientation de la production vers les agro-combustibles, au détriment de la production alimentaire. Elle engendre des pénuries alimentaires qui s’aggravent actuellement au Sud. L’augmentation du prix des denrées est renforcée par la spéculation depuis que de grands investisseurs institutionnels (banques, compagnies d’assurances, fonds de pension) ont commencé à opérer dans « le marché à terme des céréales ».

Aux crises économiques et alimentaires s’ajoutent les conséquences environnementales du réchauffement climatique, dont les effets - inondations répétées, sécheresses périodiques, élévation du niveau des océans, perturbations écosystémiques des ressources agricoles ... - sont souvent dramatiques pour des populations pauvres.

C’est pourquoi nous ne pouvons, à notre niveau, nous relâcher.

Le Mozambique ne soit pas être perçu dans son seul aspect touristique ou culturel, c’est une nation en butte à la pauvreté qui lutte pour le développement économique. Quel est le modèle de ce développement ? Nous ne pouvons certes interférer avec des décisions politiques prises souverainement par l’Etat mozambicain, mais rien n’empêche de rester vigilant et de rester au contact avec la société civile mozambicaine, et en particulier avec le mouvement paysan Campesina, ou avec des ONG locales et d’encourager, sinon de susciter, des échanges économiques ou commerciaux équitables. Rien n’empêche de rester attentif au développement et à l’évolution des rapports nord-sud et dans notre action et de tenir compte des enjeux humains des choix économiques.

Le devenir du Mozambique est, un peu comme celui des USA, emblématique. C’etait, jusqu’il y a quelques années, un des pays les plus pauvres du monde. La paix et la stabilité économique ont amélioré la situation, mais le Mozambique peine à sortir du sous-développement. Certes l’économie est en croissance et la démocratie bien stabilisée, mais la fracture sociale reste trop large et la pénurie alimentaire se fait souvent sentir.

On ne peut considérer le Mozambique sans tenir compte du contexte régional (celui de l’Afrique australe) et de la mondialisation : l’entrecroisement des cultures fait de cette nation largement ouverte sur l’Océan, un lieu d’échange économique, social et culturel aux potentialités insoupçonnées.

P.-S.

(1) Union sacrée pour sacrée arnaque, de E. Toussaint, in CADTM

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette