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droits de l’homme

Mozambique : alerte à la violence policière

une campagne d’Amnesty international

jeudi 18 décembre 2008, par Patrice Dx

la République du Mozambique est une démocratie constitutionnelle pluripartidaire. Bien que parfois entachées d’irrégularités locales, les élections se sont jusqu’à présent déroulées de manière libre. D’énormes progrès ont été réalisés depuis la fin de la guerre civile en matière de liberté d’expression : de nombreux partis se présentent aux élections, une presse d’opposition existe et publie sans difficultés, la société civile est active et de nombreuses organisations non gouvernementales mozambicaines travaillent à l’amélioration des conditions sociales... mais on ne peut nier que de nombreux problèmes subsistent concernant l’attitude des forces de l’ordre mozambicaines.

Ainsi une campagne menée d’Amnesty international (1) pointe le doigt sur des cas d’exécution extra-judiciaires et de brutalités dont la police mozambicaine s’est rendue coupable et interpelle particulièrement sur le cas de Abranches Afonso Penicelo, demandant qu’une enquête impartiale soit menée :

"Abranches Afonso Penicelo est mort à l’hôpital le 15 août 2007 après avoir été agressé par des policiers. La veille, cinq agents s’étaient rendus chez lui et l’avaient forcé à monter dans une voiture pour le conduire dans un endroit isolé à 140 kilomètres de là. Abranches Penecilo a été frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance, puis les policiers lui ont tiré une balle dans la nuque, ont mis le feu à ses vêtements et sont partis, le laissant pour mort. Il a toutefois survécu et a réussi à se traîner jusqu’à la route. Des gens habitant dans le secteur l’ont trouvé et l’ont emmené à l’hôpital. Sa famille l’a transféré à l’hôpital de Maputo, puis a signalé les faits à la police. Plusieurs responsables de la police se sont rendus auprès d’Abranches Penicelo pour prendre sa déposition ; son témoignage a été enregistré par ses proches au moyen d’un téléphone portable. Cela faisait dix ans qu’Abranches Penicelo était harcelé par la police.

En septembre 1997, des policiers sont venus perquisitionner chez lui et ont emporté des bijoux, de l’argent, des voitures et d’autres biens. Abranches Penicelo et ses frères ont été arrêtés et accusés d’être des bandits de grand chemin. Alors que ses frères étaient remis en liberté sans inculpation, Abranches Penicelo a été maintenu en détention durant un an et cinq mois. En décembre 1999, il a été acquitté par un tribunal, qui a ordonné la restitution des biens de la famille. Rien n’a été rendu à ce jour.

De nouveau arrêté le 13 février 2007, Abranches Penicelo a été accusé de vol par le policier qui est soupçonné de l’avoir tué au mois d’août. Il aurait été frappé durant sa détention. Bien que l’affaire ait été classée le 13 mars 2007 et qu’un juge ait ordonné sa remise en liberté immédiate, il a dû attendre cinq jours avant d’être libéré. Le procureur général a engagé une action contre la police. L’affaire devait être examinée le 7 août 2007, mais pour des raisons que la famille ignore, le procès n’a pas eu lieu. Abranches Penicelo a été tué une semaine plus tard. ."

Cette affaire n’est pas nouvelle, il avait été signalé dans le chapitre "Mozambique" du rapport sur les droits de l’homme du département d’Etat US, Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor.

Ce rapport pointe le doigt sur de nombreux dysfonctionnements des services de police ainsi que sur de très mauvaises conditions de détention.

La police mozambicaine est confrontée à une recrudescence dramatique de la criminalité, elle est aussi confrontée à la corruption. Des cas de violences policières abusives ont été rapportées et notamment des exécution sommaires de supposés criminels.

"Par exemple, le 4 avril (2007), trois policiers ont abattu cArlos Cossa, Mustafa Assene Momede et Francisco Antonio Nhantumbe sur un terrain de football dans les faubourgs de Maputo. Une enquête par la Police d’Investigation Criminelle montra que les victimes étaient des criminels échappés d’une voiture de police. Cependant, le procureur a conclut que les tirs étaient portés à bout portant, suggérant qu’il s’agit d’exécutions sommaires" (2)

Selon Amnesty international, les "trois policiers ont fait sortir Sousa Carlos Cossa, Mustafa Assane Momede et Francisco Nhantumbo d’un poste de police du quartier de Laulane, à Maputo, et les ont conduits sur un terrain de sport situé dans le quartier de Costa do Sol, où ils les ont abattus. Les fonctionnaires ont affirmé que les trois hommes avaient tenté de s’évader. Les résultats des autopsies ont cependant révélé que tous trois avaient reçu une balle dans la nuque, tirée à faible distance. Les agents ont été mis à pied mais la police a, dans un premier temps, refusé de les arrêter. Finalement appréhendés et placés en détention en mai, ils ont affirmé avoir exécuté des ordres émanant de leurs supérieurs. L’enquête sur cette affaire se poursuivait à la fin de l’année." (3)

D’autres cas sont signalés par le Département d’Etat des USA : "le 8 novembre, des membres de la police anti-émeute a frappé et tué Julio Macul in Massinga (province Inhambane). Le ministre de l’intérieur Jose Pacheco, expliqua l’incident comme une réaction policière suite à une dénonciation du suspect et ajouta que Macul tentait d’éviter d’être interrogé par la police. Cependant les medias rapportent que la police a confondu Macul avec un criminel recherché et qu’elle n’a pas cherché à identifier et appréhender Macul avant de l’abattre de 7 coups de feu."

Le rapport signale aussi des cas de mauvais traitement, de torture, et de viols de détenu(e)s. La ligue des droits de l’homme rapporte que la torture en prison n’est pas abolie, malgré l’interdiction constitutionnelle de ces pratiques. Le 28 avril 2007, on rapporte que la police de Macia (prov. de Maputo) a battu le citoyen britannique Alan Evans à un point de contrôle. Le 2 juillet 2007, des policiers de Machava (prov. Maputo) a sévèrement battu et menacé de mort l’avocat Aguilmado Mandlate qui était au poste de police pour représenter un client interrogé par la PIC. La police prétend qu’il "tentait de s’échapper" et qu’il se blessa lors d’une chute, Mandlate affirme que la police l’a menacé d’un fusil, le frappa et fut enfermé en cellule avec d’autres détenus pendant plusieurs heures, avant que des collègues le secourent et l’amènent à l’hôpital.

La surpopulation carcérale est dramatique. La Ligue des droits de l’homme visita 74 prisons et lieux de détention et constate que 11.424 détenus occupent des lieux prévus pour 5.900 personnes. A la prison Centrale de Maputo, 2.246 prisonnier occupent des cellules prévues pour 800 personnes. De nombreuses détention provisoire dépassent en durée la limite légale de 90 jours. L’alimentation et les conditions d’hygiènes sont pauvres. Les prisonniers ne reçoivent qu’un (maigre) repas par jour, le complément étant apporté par les familles, devant parfois satisfaire les exigences des gardiens avides de pot-de-vin. La malnutrition et le manque d’hygiène cause d’importants problèmes médicaux : cécité, turberculose, parasitoses, malaria, ainsi que le Sida et d’autres maladies vénériennes.

La police est mal payée, malgré de récentes augmentations salariales. Un officier reçoit approximativement 2.113 meticais par mois, soit 89 US dollars. Cette situation favorise bien sur une corruption qui est endémique ? Régulièrement on rapporte le cas de contrôles routiers destinés plus à l’extorsion de fonds qu’à la sécurité routières. La population se méfie de la police et de nombreuses victimes de crimes ne portent pas de plaintes par crainte de devoir payer des pot-de-vin.

Des mesures internes sont parfois prises, aboutissant parfois à l’expulsion d’éléments corrompus ou indisiciplinés, mais le plus souvent, après une sanction administrative, les policiers en faute sont réintégrés dans une autre unité : extorsion de bien et d’argent, collaboration avec des criminels, alcoolisme et abandon de poste sont les principaux motifs des mesures disciplinaires appliquées en 2007. Néanmoins, les violences policières se commettent semble-t-il dans l’impunité. Mais pas dans l’indifférence, au vu des campagnes internationales qui se développent pour remédier à cette situation.


sources :

 (1) : http://www.amnesty.ch/fr/devenir-active/lettres/lettres-contre-l-oubli/archives/2008/novembre. Une campagne similaire est menée aussi en Allemagne et aux Pays-Bas.

 (2) Country Reports on Human Rights Practices - 2007 Released by the Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor

 (3) Amnesty international, Rapport annuel 2008 - Mozambique : et Mozambique : Une police violente qui s’arroge le « droit de tuer de Amnesty international Belgium


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