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turbulances du monde

dimanche 13 mars 2011, par Patrice Dx


Le printemps 2011 pourrait être une saison de tempête géopolitique. Les révoltes du monde arabe se sont concrétisées par le renversement de deux régimes dictatoriaux, en Tunisie et en Egypte, et ont débouché en Lybie sur une guerre civile prolongée. Ailleurs, en Afrique du Nord ou au Proche-Orient, des manifestations, parfois durement réprimées, mobilise la jeunesse et des couches de plus en plus large de la population.

Ce n’est pas seulement la précarité sociale ou économique qui mobilise les foules, mais aussi le besoin de liberté et de démocratie.

Si ce séisme a des répercutions sensibles dans l’équibre géopolitique de la région, il ne faut pas croire que ces mouvements soient confinés au monde musulman. Ce qui caractérise ces mouvements sociaux est leur spontanéité voire une certaine naiveté, même si la détermination et le courage ne manquent pas. Une grande partie des manifestants sont constitués d’une population jeune, précarisée par les conditions économiques et souffrant d’une absence totale de reconnaissance. Ces opposants se sont mobilisés en usant largement de techniques de communication nouvelles, internet, sms, gsm etc... qui leur permettent de déjouer la censure. Au-delà des revendications démocratiques, ces révolte expriment une désespérance qui trouve sa source dans l’exclusion économique, la misère organisée mondialement et renforcée par la corruption des états mafieux.

Ce qui se passe au Proche-orient et en Afrique du Nord peut se passer ailleurs. Au Portugal, la population se mobilise de la meme manière contre la précarité imposée par la politique libérale-européenne. Ces mouvements feront certainement tache d’huile en Europe et dans un monde où les milliardaires sont peut être de plus en plus riches mais où la pauvreté et la précarité de la majeure partie de la population s’aggrave sans cesse.

Et en Afrique ? Et au Mozambique ? En septembre 2010, des révoltes populaires eurent lieu dans la capitale mozambicaine en raison de l’augmentation brutale du prix des denrées alimentaires - on sait que la spéculation capitaliste sur les cérales et les produits alimentaires engendre une hausse considérable des prix, qui par ailleurs ne bénéficient nullement aux paysans. Ces manifestations étaient organisées via SMS et GSM et l’une des premières réactions du gouvernement mozambicain, qui recula sur sa politique des prix, fut de couper l’accès aux SMS, d’abord, puis de le réglementer drastiquement ensuite.

Plusieurs dossiers sociaux restent irrésolus au Mozambique, dont, notamment celui des "Madgermans" (1), étudiants et travailleurs Mozambicains formés en RDA (du temps du socialisme) qui, de retour au pays après la réunification de l’Allemagne, se retrouvent sans emploi et ne bénéficient d’aucun appui social. Ces Madgermans, déçus par un gouvernement qui les a trahi et acculés à la misère, se manifestent chaque semaine à Maputo.

Ces événements montrent que la corruption d’un régime, la précarisation sociale, ou la morgue d’un capitalisme débridé, vident la démocratie de tout sens et la fragilisent. Il serait certes indécent de vouloir, à partir d’une Europe engoncée dans une politique d’austérité libérale, donner des leçons au Mozambique, mais rien ne nous empêche d’être lucide et attentif à ce qui se passe au sud pour mieux renforcer nos liens de solidarité.

P.-S.

(1) : voir http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/interception/ sur l’émission "interceptions" de dimanche 13 mars 2011 voir aussi sur Europa, un article sur cette question

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