INFO-MOÇAMBIQUE
Accueil du site > INFOS > Economique > Le Mozambique brade-t-il ses terres en faveur des latifundiaires brésiliens (...)

agriculture

Le Mozambique brade-t-il ses terres en faveur des latifundiaires brésiliens ?

dimanche 28 août 2011, par Patrice Dx

Le mozambique offre à l’agrobusiness brésilien six millions d’hectares, pour une rente annuelle de 9 euros l’hectare... objectif : développer des monocultures de coton, de millet, de soja... pour le marché africain, mais aussi moyen-oriental et chinois.

C’est le tiers de la superficie du Portugal, réparti sur quatre provinces du Nord du Mozambique, Niassa, Cabo Delgado, Nampula et Zambezia qui sera ainsi exploité par des exploitants agricoles brésiliens. Les agriculteurs paieraient une rente annuelle de 21 Reais par hectare (soit environ 355 MZN ou 9 euros) et devraient, selon les termes de l’accord, recruter au Mozambique 90 % de la main d’oeuvre employée. Le Mozambique accorderait en outre des exemptions d’impôt et des facilités pour importer au Mozambique les machines et l’équipement agricole.

Ces concessions résultent d’accords intergouvernementaux de coopération agricole entre le Brésil et le Mozambique conclus en 2009. Les régions visées se trouvent à la même latitude que le matto grosso et la savane africaine n’est pas sans ressemblance avec le Cerrano brésilien. Les Mozambicains comptent bénéficier de l’expérience technique des agriculteurs brésiliens qui ont développé dans ces régions la culture industrielle du soja et du coton. L’avantage pour les investisseurs brésiliens est qu’ils contournent ainsi les obstacles posés par la législation environnementale brésilienne, plus restrictive dans l’octroi des licences d’exploitation. Il faut dire que le développement agro-industriel a détruit près de 80 % d’un biotope naturel, le cerrano, considéré comme très riche sur le plan de la biodiversité.

Autre avantage du Mozambique, du point de vue brésilien, est sa localisation géographique qui permet l’ouverture du marché africain, et facilite aussi l’exportation vers la Chine, principal importateur de soja brésilien.

Pour Kâtia Abreu (1), sénatrice et présidente de la confédération de l’Agriculture et de l’Elevage du Brésil (CNA), le Mozambique a toutes les conditions pour être un des grands fournisseurs d’alimentation de l’Afrique, mais le défi à résoudre restera la formation professionnelle des agriculteur. Dans cette perspective, le Brésil offre sa coopération technique promettant de faire du Mozambique le grenier de l’Afrique. Cela suppose que la transformation de l’agriculture de subsistance, qui forme l’essentiel de la production agricole au Mozambique, en une agriculture industrielle orientée vers le marché mondial.

Des contacts ont été pris en 2010 avec le programme de Développement de l’agriculture des savanes tropicales du Mozambique (ProSavana) en implicant, dans le partenariat, l’agence de coopération internationale du Japon qui a développé au Brésil, un projet semblable de coopération technique.

De tels projets qui bénéficient de l’appui gouvernemental mozambicain ne sont pas sans inquiéter les ong, les écologistes et les organisations paysannes locales.

D’autres projets de concession agro-industrielle ont déjà rencontré l’opposition paysanne locale. Ainsi en 2010 le gouvernement mozambicain a dû annuler une concession de 30 000 ha de terres accordée à une entreprise brésilienne de production de biocarburants à partir de canne à sucre. Procana voulait consacrer 30.000 hectares, dans une région limitrophe du parc national transfrontalier de Limpopo, à la culture de canne à sucre pour la production de bioéthanol. Or des paysans et des éleveurs devaient qui vivaient dans la réserve naturelle devaient justement être réinstallé dans la région. Des actes de violence ont été commis contre les paysans qui ont pu trouver un soutien de la part de la société civile, d’ong et des responsables du parc naturel.

Comme la loi mozambicaine ne permet d’accorder des concessions territoriales que dans la mesure où les terres ne sont pas occupées traditionnellement, le gouvernement n’a pas eu d’autre solution que de se retourner contre Procana et d’abandonner le projet. D’autant plus que Procana serait liée à une campagnie minière, la CAMEC, connue pour ses activités dans des régions en conflit, comme le Soudan, le Congo ou le Zimbabwe (source Carlos Serra)

Iberê Thenório sur le site ReporterBrasil décrit les conséquences environnementales de la culture du soja telle qu’elle est pratiquée dans le Cerrado. Elle entraîne la perte annuelle de 25 tonnes de sol par hectare. Dans le Cerrado, l’usage d’engrais et de technique de correction de sol a permis l’expansion des zones cultivées, d’autant plus rapidement occupées que la végétation naturelle est peu dense et le terrain plat. A terme, il ne reste actuellement plus qu’un tiers, partiquement, du Cerrado dont la biodiversité est absolument à protéger dans la mesure où cette région a une grande importance écologique.

Cependant, au rythme actuel des occupations et transformation agricoles, ce biotope disparaitra totalement en 2030. Les cultivateurs veulent étendre leur activité à d’autres régions, comme la forêt amazonienne, déjà bien menacée. Ces contraintes écologiques conduisent le gouvernement brésilien à chercher d’autres débouchés dont la délocalisation agricole dans les pays où les gouvernements sont moins attentifs aux intérêts écologiques et sociaux. Si le développement de l’agriculture mozambicaine est une nécessité, force est de constater qu’elle n’est pas maitrisée par les paysans locaux et qu’elle s’oriente vers une production industrialisée et mondialisée, au service des pays industrialisés.

1) in Notícias CNA, 19/11/2010 Com apoio do Brasil, CNA aposta em Moçambique como grande produtor de alimentos


sources et liens

- Brasil : Governo Moçambicano Cede Terras a Latifundiários de Adriano Rangel, in Global Voice

- Ser "celeiro do Brasil" devasta o Cerrado in ReporterBrasil

- Séminario international sobre oportunidade de investimentos no agronegócio moçambicano : présentation, en format pdf, à télécharger

- in Associaçao de productores de soja do Matto Grosso : Produtores de Mato Grosso irão plantar em Moçambique e Sudão

- O neocolonialismo brasileiro em Moçambique

- Moçambique oferece terra à soja brasileira

- sur les délocalisations agricoles (deslocalizaçãoes agricolas) sur le site de Fundação verde

- Agricultores Brasileiros em Moçambique sur le blog Ma-Schamba


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette