INFO-MOÇAMBIQUE
Accueil du site > INFOS > Politique > Le Mozambique retourne-t-il à la guerre civile ?

Renamo et Frelimo

Le Mozambique retourne-t-il à la guerre civile ?

vendredi 12 juillet 2013, par Patrice Dx

Ce 8 juillet les forces de police antiémeutes (FIR) mozambicaines ont détruit un camp de la Renamo à Mangomonhe, dans la province centrale de Sofala. Selon le commandant de la police le camp consistait en 58 huttes qui abritaient le groupe qui, le 21 juin, attaqua des véhicules, faisant plusieurs victimes. Les militants de la Renamo, avertis de l’opération, avaient déjà quitté les lieux. Mais les forces de l’ordre tombèrent à leur retour dans une embuscade et les échanges de tir causèrent plusieurs victimes dans les deux camps.

escarmouches à répétition

Cette escarmouche est la dernière en date d’une série d’incidents impliquant la Renamo depuis le 4 avril, lorsque les forces de l’ordre avaient intervenus lors de la tenue d’un camp paramilitaire de la Renamo à Muxungue (district de Chibabaca, province de Sofala). Les habitants s’étaient inquiétés de la présence d’hommes armés qui les harcelaient. En riposte, et pour libérer leurs militants arrêtés, la Renamo avait ensuite attaqué le poste de police, causant plusieurs victimes. Ces incidents effrayèrent la population et l’on observa des mouvements d’exode.

Les relations entre le pouvoir et la Renamo, principal parti d’opposition se sont envenimées depuis l’échec du parti d’opposition lors des discussions, au sein de l’Assemblée républicaine, sur l’organisation des élections municipales. Minorisant la Renamo, le parti MDM (Mouvement Démocratique Mozambicain, issu d’une dissidence de la Renamo) s’était allié au Frelimo pour accepter la proposition gouvernementale d’une représentation proportionnelle des partis dans le Conseil National des Elections (CNE). Depuis lors, la Renamo menace de plus en plus explicitement de saboter, y compris par la violence "populaire", la tenue de ces élections où elle risque de perdre plusieurs de ses fiefs.

Après ces incidents, la Renamo convoqua une conférence de presse où elle affirma être "fatiguée des persécutions, humiliations, répressions, dictature et esclavage" imposée par le pouvoir et menaça de riposter "avec les armes confisquées aux agents du FIR". Deux jours après, l’attaque d’un bus causa trois morts et cinq blessés parmi les passagers. Niant son implication, la Renamo accusa le FIR et l’armée régulière d’être à l’origine de cette agression. Ces incidents ne furent pas sans conséquences économiques : des sociétés de transport décidèrent de suspendre une partie de leur service, les transports routiers de nuit furent interrompus.

des négociations ardues

Le gouvernement entama alors des pourparlers avec la Renamo. Les négociations s’avèrent ardues, aucun des deux camps ne parvenant à s’entendre : Guebuza refusant les médiations internationales suggérées par la Renamo, la Renamo rejetant les lieux proposés pour les négociations. Le principal point de discorde quant au fond, était la nouvelle loi électorale, votées à l’Assemblée de la République en majorité Frelimo et MDM (mouvement démocratique du Mozambique) contre la Renamo.

La Renamo exige une refonte de la composition de la Commission nationale des Elections sur base d’une représentation “paritaire” des trois partis principaux, plus deux sièges pour les partis parlementaires menaçant d’empêcher la tenue des élections locales. Mais une refonte des lois électorales implique un report de ces élections. Inacceptable pour le gouvernement. Ces revendications en masquent cependant une autre : la Renamo estime, dans une lettre adressée le 26 avril au gouvernement et signée A. Mateus chef de cabinet de A. Dhlakama, que la transformation d’un mouvement armé en un parti civil requiert "une robustesse financière qui implique nécessairement la création de conditions concrètes" : autrement dit, la Renamo coopérera avec le gouvernement contre monnaie sonnante et trébuchante.

Manifestement, les millions de dollars versés par la communauté internationale en application des accords de paix de 1992 n’ont pas suffi à convertir le mouvement armé à la vie civile ... en fait les difficultés financières résultent aussi des échecs électoraux puisque les montants alloués sont proportionnels au nombre de députés élus. En fait, la Renamo n’a rien fait pour s’autofinancer à travers une cotisation volontaire des sympathisants.

ripostes et menaces

Le 2 mai, la police mozambicaine arrête et désarme 15 membres de la Renamo faisant partie de la "guarde présidentielle" privée de Dhlakama. Bien que les gardes en question n’opposèrent aucune résistance, sur ordre exprès de Dhlakama, ces arrestations allaient compliquer la négociation. La Renamo exigea en préalable la libération immédiate des militants arrêtés, l’évacuation des FIR de Nampula, et demanda la présence d’observateurs et facilitateurs étrangers (du SADC, de l’African union, et de l’UE). Ces dernières conditions furent rejetées par le gouvernement et les pourparlers furent bloqués bien que 13 des 15 membres de la Renamo arrêtés furent libérés le 20 mai.

27 mai 2013, 17 membres du FIR sont blessés dans une confrontation avec la "garde présentielle" de la Renamo. Cela se passe à Vunduzi, dans le district de Gorongosa, où vit Dhlakama. On ne sait trop si c’est un tir accidentel qui mis le feu au poudre ou si l’incident résulte d’une attaque délibérée de la part du FIR. Cette nouvelle attaque n’empêche pas la délicate poursuite des négociations qui bloquent toujours sur la composition du CNE.

Le 17 juin, le climat des discussions est assombri par l’attaque de l’arsenal des Forces armées à Savane (Prov de Sofala). Bien qu’elle ne fut pas revendiquée, on ne doute pas que la Renamo en fut l’origine... ou du moins les attaquants étaient porteurs de l’uniforme des paramilitaires de ce parti. On compta 11 victimes, au moins, parmi les troupes gouvernementales (et sans doute des blessés et morts indéterminés parmi les assaillants) et l’on ignore la quantité d’armes volées.

En outre, la Renamo menace de bloquer toute circulation routière et ferroviaire sur la route principale reliant le sud et le nord du pays afin, selon elle, d’empêcher les agissements des troupes gouvernementales contre Dhlakama mais ce blocus a aussi pour effet d’empêcher le transport vers Beira du charbon exploité par VALE et Rio Tinto et d’intimider la population et les ressortissants étrangers. En réaction à ces menaces, le chef du département de l’information de la Renamo, Jeronimo Malagueta, fut arrêté peu après de nouvelles attaques contre des véhicules de transport et un bus.

une démocratie fragilisée

Depuis la fin de la guerre civile et nonobstant son comportement terroriste qu’il adopta alors, la Renamo a pu certes s’implanter dans certaines régions du Mozambique en s’appuyant sur les secteurs traditionnels et réactionnaires de la population. Mais, émanation artificielle des Etats racistes qui entouraient alors le Mozambique révolutionnaire, la Renamo a survécu essentiellement grâce aux subventions plus que généreusement accordées par les Nations unies comme garantie d’une conversion en parti politique démocratique et pacifique.

Son apport dans les débats démocratiques est cependant resté minime, se contentant d’une opposition stérile et jouant le rôle de l’éternel vaincu, et mauvais perdant, lors des scrutins successifs qui confirmèrent à chaque élection la suprématie du Frelimo. Aujourd’hui, le Frelimo, jadis progressiste et révolutionnaire, s’est aligné sur le modèle de développement libéral voulu par le FMI et la Banque mondiale, et, il faut bien reconnaître que la corruption est devenu une des plaies majeures du Mozambique d’aujourd’hui, d’autant plus facilement que les leaders qui se réclamaient du marxisme léninisme en 1975 se distinguent actuellement par leur sens des affaires et détiennent la majeure partie des ressources économiques du pays.

La multiplication des menaces et des actions armées de la Renamo n’empêchent cependant pas la poursuite des négociations. Manifestement, Guebuza cherche a éviter d’envenimer le conflit et en appelle à une volonté de paix. Il est un fait que ni le gouvernement ni la population ne veulent replonger dans les affres de la guerre civile, elle se souvient des souffrances endurées dans les années 1980-1992. Pour le gouvernement, l’unité nationale et la paix sont les conditions de la prospérité économique de la nouvelle classe dirigeante.

Cependant le climat social est critique. En mars et avril, le gouvernement a dû faire face à une grève des médecins et des travailleurs de la santé du secteur public, qui réclamaient une justifiée adaptation des salaires. La corruption, les inégalités sociales, la paupérisation paysanne, dans un contexte de capitalisme sauvage et de pillage des ressources naturelles par des investisseurs étrangers, sont engendrent de nouvelles tensions : récemment, des émeutes ont éclaté consécutivement à l’augmentation des prix des transports.

Aujourd’hui la situation reste instable et l’on ne sait prévoir l’issue de cette querelle, la Renamo adoptant un triple langage : celui d’un marchandage passablement hypocrite sur les modalités des prochaines élections ; celui d’une opposition parlementaire, et celui du chantage à la guerre civile et des coups de force menés par ce qui apparait comme l’embryon d’une branche armée. Le désarmement de cette milice, illégale au yeux du gouvernement, mais considérée par la Renamo comme la garde rapprochée de Dhlakama, prévue dans les accords de 1992, est incontestablement souhaitable mais il est peu probable que la Renamo puisse l’accepter. D’autre part, il serait impossible de concrétiser les exigences de la Renamo à propos de la composition du Conseil national des Elections sans postposer les élections municipales prévues pour 2014. De l’attitude de la Renamo lors de ce scrutin et de ses électeurs dépendra l’avenir de la démocratie mozambicaine.

P.-S.

sources : club of mozambique

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette