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La Renamo enterre les accords de paix

lundi 4 novembre 2013, par Patrice Dx

Lors des dernières semaines d’octobre, la tension entre la Renamo et les forces gouvernementales semblent être parvenues à un point de non retour (note 1). En réponse à une intervention des forces armées régulières qui ont occupé le quartier général de A. Dhlakama à Satunjira, des éléments armés de la Renamo ont attaqué ce 22 octobre un poste de police à Maringue. L’attaque, qualifiée de « intense », n’a cependant pas fait de victimes.

La Renamo accuse le gouvernement d’avoir tenté d’assassiner A Dhlakama en attaquant à l’arme lourde sa résidence. Mais, le leader du parti d’opposition, absent, est sain et sauf, selon la Renamo et en lieu sûr, en brousse. Le gouvernement mozambicain reconnait les attaques contre le quartier général de la Renamo, située dans le massif de Gorongosa, mais affirme avoir agi en « auto-défense » en raison de multiples attaques menées par le parti d’opposition.

Ces escarmouches résultent de l’impasse des négociations menées depuis quelques mois déjà entre la Frelimo et la Renamo. La Frelimo exige le désarmement de la Renamo tandis que la Renamo exige une refonte de la loi électorale et particulièrement une recomposition du conseil électoral permettant une représentation plus équitable des partis d’opposition, Renamo et MDR. Faute de faire aboutir cette revendication, la Renamo se détourne des prochaines élections locales, dites autarciques, auxquelles elle ne se présente pas et menace de les saboter.

Pour Dhlakama, le leader de la Renamo, les accords de paix de 1992 sont caduques. Est-ce à dire que la hache de guerre est déterrée, comme le craint une bonne partie de la population locale ? On ne peut dire actuellement, mais quoi qu’il en soit les attaques contre des transports civils se multiplient, parfois attribuées à la Renamo, parfois à des éléments incontrôlés peu identifiables. La dernière en date a eu lieu le 30 octobre, sur la route nord-sud de Muxungue à Save, située pas loin de Bazaruto, contre une colonne d’une cinquantaine de véhicules, dont des bus civils où voyageaient parait-il des soldats de l’armée régulière. L’incident causa plusieurs blessés qui furent hospitalisés à l’hôpital rural de Muxungu. La Renamo nie toute responsabilité quant à cette attaque (2)

Ce 30 octobre, on constate en outre des mouvements d’ex guérilleros de la Renamo à Sitatonga dans la province de Manica, précisément au moment où le président Guebuza y effectue une visite.

Actuellement, le gouvernement semble mener une action répressive d’ampleur contre la Renamo, dont le siège à Beira fut investi, ce 2 novembre, par la police. (3)

Les incidents armés ont effrayé une partie de la population locale, au point que Maringue se retrouve désertée de tout civil. Cependant, l’ensemble du pays reste calme. Cependant la population ne semble pas belliqueuse, le désir de paix prévaut actuellement. La Lgue des droits de l’homme, plusieurs associations civiles et religieuses ont organisé à Maputo diverses manifestations en faveur de la paix et du dialogue entre les parties.(4)

On craint cependant que le climat de tension politique n’inquiète les investisseurs. La diplomatie portugaise suit attentivement la situation tout en affirmant sa confiance dans la résolution pacifique du conflit, estimant que « le pays vaut réellement la peine d’y investir ». Localement, la situation perturbe les activités économiques, par exemple, la ligne de Sena, essentielle à l’écoulement des ressources minières de Vale et Rio Tinto, produites dans la province de Tete, est fermée et d’aucuns redoutent que l’aggravation de la situation n’aboutisse à des actes de sabotage économique.

L’extrême concentration du pouvoir et des ressources économiques aux mains de la Frelimo, grand bénéficiaire de la libéralisation du régime, a accru le ressentiment de la Renamo qui n’a pu tirer profit des accords de paix. La situation peut paraître paradoxale dans la mesure où le démantèlement du régime marxiste était un des objectifs de la guerre menée par la Renamo. En virant au libéralisme et à la démocratie formelle, le pouvoir a su concentrer en ses mains la majeure partie des richesses. Corruption et abus de pouvoir deviennent monnaie courante, ainsi que d’occultes collusions entre certains milieux politiques et la criminalité organisée. On se souvient encore de l’assassinat du journaliste J. Cardoso qui enquêtait sur la corruption en milieu bancaire.

Bien que bénéficiant d’un relatif succès électoral dans certains districts, la Renamo est restée sur la touche, n’exerçant qu’une opposition peu constructive, faute d’élaborer un programme politique crédible. Affaibli lors des dernières élections, dénoncées par la Renamo comme « truquées » (bien que les résultats soient acceptés par les observateurs internationaux), le parti d’opposition peine à s’ancrer et voit des ressources financières diminuer.

La Renamo ne compte qu’une cinquantaine de députés sur 250. Certes on peut se demander si ce parti a les moyens financiers de mener une véritable guerre : on peut en douter même s’il apparait que Dhlakama est impliqué dans le commerce légal de pierres précieuses. Rien n’indique jusqu’à présent que ces activités financent l’armement de la Renamo. Il semblerait plutôt que ses attaques régulières des postes de police ou des casernes ont pour but de s’approvisionner en armes. Ce qui témoigne de la faiblesse militaire de la branche armée de la Renamo (5)

La tension entre la Frelimo et la Renamo n’est cependant pas le seul problème critique au Mozambique. Ce pays fait face à une recrudescence de la criminalité et plusieurs événements inquiétant témoignent d’une instabilité sociale : une vague de rapts crapuleux – touchant des enfants – alarme la population. Récemment un jeune de 13 ans a été exécuté, parce que la famille ne pouvait payer la rançon que les ravisseurs exigeaient. La population s’inquiète de l’incompétence – si pas plus – de la police en la matière et réclame des mesures plus drastiques. Des comités de vigilance s’instaurent en plusieurs endroit, augmentant le risque de lynchages. L’écrivain Mia Couto a fait l’objet de plusieurs menaces sur sa famille, menaces venant probablement de mafieux. Le gouvernement recommande aux voyageurs de redoubler de prudence et en certaines régions, on ne circule, en voiture, que par colonnes escortées par l’armée

A la veille des élections locales, le Mozambique traverse une passe difficile. Si la découverte d’importantes ressources minières ou pétrolières peuvent augurer d’un rebond économique, la gouvernement semble incapable ou peu désireux de réguler un libéralisme économique qui bénéficie avant tout aux investisseurs étrangers et favorise le pillage des ressources naturelles. La paupérisation de la population est réelle et des révoltes sporadiques contre les augmentations de prix se manifestent. L’instabilité présente n’oblitère cependant pas la volonté de la société civile de préserver la paix, reste à savoir si l’élite politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition, est capable de dépasser les ressentiments pour travailler de manière constructive à l’avenir du pays.


notes :

 1. On trouvera de nombreuses infos sur la radio lusophone en ligne DW

 2. Renamo nega responsabilidade no ataque

 3. macua.blogs.com

 4. milhares manifestam-se contra raptos e guerra-em-mo%C3%A7ambique

 5. Voir interview de Calton Cadeado, par DW - renamo consegue financiar-se militarmente considera analista


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