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Chemins de la Paix

un film de Sol de Carvalho

mardi 18 février 2014, par Guido Convents

Le cinéaste mozambicain Sol de Carvalho présente son film CAMINHOS DA PAZ (CHEMINS DE LA PAIX, 2012, 130 min.), l’un des documentaires les plus intéressants sur le Mozambique de ces dernières années. Une séance en présence de Sol de Carvalho. Les Amis de Mozambique et le Afrika Filmfestival vous invitent.

Voir en ligne : Caminhos da Paz sur Facebook

Sol de Carvalho, né au Mozambique en 1953, connait l’histoire de son pays et n’a pas peur de la raconter. Après avoir travaillé comme journaliste pour Radio Mozambique et la prestigieuse revue Tempo il se consacre dès 1986 au cinéma. Depuis lors il a réalisé plus d’une vingtaine de films. Il appartient encore à ce groupe de cinéastes qui s’engage pour améliorer la vie du peuple mozambicain.

le Mozambique en guerre

Le film CAMINHOS DE PAZ couvre tout un pan de l’histoire du Mozambique qui commence avec la guerre coloniale entre l’armée portugaise et les indépendantistes. Une guerre qui a duré plus de dix ans, qui a été des plus meurtrières pour la population, et que certains ont qualifié de guerre de religions. Edouardo Mondlane, le leader du mouvement de la liberté, le Frente de Liberaçao de Moçambique (FRELIMO) jusqu’à sa mort en 1969, était protestant comme un bon nombre d’autres leaders (Samora Machel) de ce mouvement. Ils luttaient contre le colonisateur, portugais et catholique. En même temps, les Portugais menaient une guerre dans leurs autres colonies africaines.

En 1970, le régime dictatorial portugais et les catholiques au Portugal étaient outrés d’apprendre que le Pape Paul VI avait reçu les leaders des mouvements de libération Amilcar Cabral (Guinée Bissau), Augustino Neto (Angola) et Marcelino dos Santos (Mozambique). Cette rencontre montrait son soutien à ces catholiques au Mozambique qui œuvraient pour la paix contre le colonisateur portugais. Parmi eux des missionnaires espagnols et belges, mais aussi l’évêque de Beira.

Après l’indépendance du Mozambique en 1975, la guerre n’était pas terminée pour ce pays. Le Mozambique était une menace pour la Rhodésie et l’Afrique du Sud, qui fondaient un mouvement de rébellion, la Resistencia Nacional de Moçambique (RENAMO) pour mener leur lutte contre le nouvel état marxiste léniniste. Vers la fin des années 1970, la hiérarchie catholique au Mozambique critiquait le régime pour sa politique antireligieuse et dictatoriale. Le Pape condamnait également le régime. De son côté, le régime attaquait l’Eglise catholique comme un reliquat du colonialisme, du fascisme et du racisme. Entre la hiérarchie catholique et le régime du Mozambique se développait une fêlure insurmontable.

Après 1980, le RENAMO change de nature et il accueille des Mozambicains se rebellant contre la politique anti-démocratique du FRELIMO. C’est le début d’une guerre civile féroce et des massacres contre les civils qui laissent des centaines de milliers de morts et un pays déstabilisé et en ruines. Le FRELIMO a maintenant besoin de tout le soutien qu’il peut recevoir. Au début des années 1980, il commence ainsi à abandonner partiellement sa politique antireligieuse. Il envisage d’abord des relations avec les Eglises protestantes, dont sont issus nombre de fonctionnaires nommés à des postes-clés d’organisations mozambicaines.

Mais la guerre continue avec fureur. Le grand problème était que le régime ne connaissait pas son adversaire. C’était une guérilla sans visages et sans noms. Personne ne connaissait les dirigeants de la RENAMO ni ne savaient où ils se trouvaient ; personne ne savait avec qui ils pourraient négocier la paix.

Reconstruire la paix

Tout change avec l’intervention de la communauté Sant’Egidio. Dès le début des années 80, cette communauté avait envoyé de l’aide matérielle au Mozambique. Les cargos de Sant’Egidio arrivaient à Beira, dans le diocèse de Mgr Jaime Gonçalves, pour soulager la famine du pays en guerre. Cet effort humanitaire a notoirement contribué à améliorer les relations entre l’Eglise catholique et le régime. Mais la communauté était consciente que la seule véritable aide viendrait d’une réconciliation entre le Frente de Liberaçao de Moçambique (FRELIMO) et la guérilla de la Resistencia Nacional de Moçambique (RENAMO). C’est eux qui allaient réussir à prendre contact avec la RENAMO pour mener les premières négociations.

Au Mozambique, les catholiques n’étaient pas disposés à aider le régime. Celui-ci s’adresse alors directement au Vatican et invite le Pape à faire une visite officielle dans le pays. La visite du Pape, en 1988, va renforcer l’Eglise catholique locale qui dénonce dès lors publiquement, à travers ses lettres pastorales, la politique belliciste du régime et appelle à la négociation. En même temps, le Pape demande à Mgr Gonçalves de prendre contact avec le RENAMO et son leader Afonso Dhlakama. Selon les renseignements que réussit à obtenir Mgr Gonçalves, Dhlakama se trouve au Zaïre. Il prend l’avion pour se rendre au Zaïre, mais au cours du voyage, l’avion est détourné et atterrit dans une zone libérée au Mozambique. C’est ainsi que Mgr Gonçalves rencontre Dhlakama. En quelques heures de discussion, il convainc le leader des rebelles de rencontrer des représentants du FRELIMO. C’est le début des négociations de paix.

Plusieurs réunions sont organisées en Afrique au cours desquelles les Eglises catholique et protestante sont les principaux intermédiaires entre les deux belligérants. Mais les négociations piétinent par manque de confiance. Comme l’Italie et Sant’Egidio avaient des bons contacts à la fois avec le régime et la RENAMO, ils acceptent que de nouvelles négociations se déroulent en Italie. Ainsi Mgr Gonçalves, le représentant du gouvernement italien, Mario Raffaelli, et les représentants de la communauté Sant’Egidio Andrea Riccardi et Matteo Zuppi se trouvent autour la table lorsque commencent les pourparlers au mois de juillet 1990 au siège de Sant’Egidio, dans le Trastevere, à Rome. Le jeune Armando Guebuza représentait le régime (il est le président actuel du Mozambique), et du côté du RENAMO, il y avait Dhlakama. Entretemps le Mur de Berlin s’écroule.

Pendant 27 mois, les négociations se poursuivent. Progressivement, un climat constructif s’instaure et l’accord de paix est signé à Sant’Egidio le 4 octobre 1992. Il reste encore aujourd’hui l’un des rares exemples d’un conflit résolu par la négociation en Afrique au cours des dernières décennies. A juste titre, "la paix au Mozambique est devenue l’exemple de la manière dont une réalité non institutionnelle, celle de la Communauté Sant’Egidio, peut porter à terme avec succès une médiation avec une synergie de responsabilités entre entités gouvernementales et non gouvernementales".

Dans le film, Mgr Gonçalves dit d’une manière très touchante qu’il n’avait jamais pu s’imaginer être devenu un diplomate de la paix à un si haut niveau. Il se voyait comme quelqu’un qui avait des tâches pastorales pour les fidèles de son diocèse.

Sol de Carvalho a monté son documentaire comme un thriller avec du suspense, avec des interviews de tous les protagonistes et des extraits d’archives audiovisuelles. Parfois on souhaiterait qu’il dure plus de deux heures ! Une vraie prouesse et une histoire pleine d’émotion, qui montre que l’espoir existe.

Guido Convents


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