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Un constitutionnaliste franco-mozambicain abattu en pleine rue

le retour des crimes politiques au Mozambique ?

mardi 3 mars 2015, par Patrice Dx

Gilles Cistac, constitutionnaliste mozambicain, d’origine française et établi au Mozambique depuis 1993, est victime d’un attentat commis ce mardi 3 mars. ... 15 ans après l’assassinat du journaliste Carlos Cardoso, doit on craindre le retour des crimes politiques au Mozambique ?

D’origine française, Gilles Cistac s’était établi au Mozambique depuis 1993. Docteur en droit public (de l’Université de Toulouse), il professait à l’Université Eduardo Mondlane où il enseignait le droit constitutionnel.

Il était très apprécié des étudiants et du corps académique de l’UEM et les autorités mozambicaines ont souvent fait appel à son savoir-faire pour élaborer des réglementations ou des lois essentielles au développement du pays. En avril 2014, il fut décoré par l’Etat français comme Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques.

Il défendait l’idée qu’une plus grande autonomie des provinces était possible dans le cadre constitutionnel mozambicain actuel. Une telle situation aurait pu satisfaire les exigences du principal parti d’opposition, la RENAMO, qui réclamait l’autonomie des régions où elle est majoritaire. C’est pour cette raison que la RENAMO le pressentait comme médiateur dans les négociations difficiles qui ont lieu entre le parti d’opposition et le gouvernement.

On ne sait encore qui sont les commanditaires et les motivations réelles de l’attentat qui a coûté la vie à Gilles Cistac. On sait qu’il était en butte à une campagne de dénigrement qui mettait en cause sa nationalité française et sa couleur de peau. Il se sentait menacé et avait déposé plainte auprès du Procureur Général de la République.

Plusieurs autres intellectuels de renom, blancs eux aussi, se voient d’ailleurs soupçonnés de subversion : parmi eux l’économiste Nuno Castel Branco,le journaliste Fernando Veloso et Fernando Lima, directeur de l’hebdomadaire indépendant Savana. Pour ce dernier, cet assassinat montre "qu’il y a une crise politique dans le pays et que les conflits d’opinion et de point de vue ne peuvent pas être résolus par l’échange d’idées mais bien à coups de feu" ("isto mostra também que há uma crise política no país e que conflitos de opinião e de pontos de vista não podem ser resolvidos por troca de ideias, mas tem que ser resolvidos a tiro", cité par DW)

Le Gouvernement mozambicain condamne fermement cet "acte barbare" et le conseil des ministres accueillit la nouvelle "avec surprise et tristesse".

Il y a quinze ans le journaliste Carlos Cardoso, qui enquêtait sur un gros scandale de corruption et de détournement de fonds, fut abattu dans la rue en 2000, quelques mois après ce fut le tour de l’économiste Siba Siba Macuacua à être victime d’un attentat. Il enquêtait sur une affaire de fraude bancaire qui impliquait des personnalités politiques de haut niveau. Les réactions internationales et intérieures de la société civile avaient pu freiner ce dangereux glissement antidémocratique.

Il est à craindre que l’attentat contre Cistac soit de nature à exacerber les tensions politiques actuelles - la RENAMO, fortement marginalisé par un pouvoir hégémonique et centralisateur, peine à accepter les règles du jeu démocratique et menace régulièrement de faire sécession - et aboutisse à une régression de la démocratie au Mozambique.

sources :
- DW radio
- ambassade de France au Mozambique


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