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Afrique du Sud

les Mozambicains touchés par la xénophobie

samedi 18 avril 2015, par Patrice Dx

La banalisation de la xénophobie ne touche pas que les pays occidentaux transformant leur territoire en forteresse imperméable aux migration internationales... l’Afrique du Sud est le théâtre, depuis plusieurs semaines, d’émeutes sanglantes touchant les migrants africains qui se sont installés dans les grandes villes, comme Johannesburg ou Durban

La République Sud-africaine a accueilli environ cinq millions de migrants originaires des pays voisins, dont le Mozambique, de la corne de l’Afrique et de l’Inde... Dans un contexte économique tendu, le taux de chômage s’élevant à 25 %, les migrants se voient accusé de tous les maux : concurrence déloyale sur le marché de l’emploi, installations illégales, criminalité... En fait, ils occupent une place non négligeable dans l’économie informelle, fournissant même de l’emploi ou contribuant à la distribution de produits bon marché et payant des impôts. Encouragés par les chefs traditionnels zoulou, les émeutiers s’en prennent aux commerces tenus par les étrangers, provoquant pillages, incendies et lynchage. Déjà en 2008 des émeutes semblables avaient causé plusieurs dizaines de victimes. Le scénario sinistre se répète aujourd’hui, provoquant la fuite de centaines d’émigrants qui se sont réfugiés dans des camps proches des frontières. Beaucoup retournent dans leur pays d’origine.

Une manifestation de quelques milliers de personnes a dénoncé récemment ce climat xénophobe. Le président sud-africain Jacob Zuma qualifie de «  choquantes et inacceptables » les attaques xénophobes et appelle au calme, ce qui n’empêche pas d’autre personnalités de dénoncer la criminalité qui seraient importée par des migrants. Les migrants mozambicains sont particulièrement touchés par les manifestations xénophobes et un grand nombre d’entre eux commence à revenir au pays. On estime que 400 mozambicains furent expulsés de leur logement et résident dans des centres d’hébergement. La xénophobie sud-africaine n’est pas sans entraîner des conséquences dans les relations entre le Mozambique et la République Sud-africaine. Bien que le chef de la diplomatie mozambicaine aie appelé au calme, des travailleurs mozambicains ont réussi à paralyser plusieurs entreprises sud-africaines au Mozambique et l’on a observé des barrages routiers, aux frontières, filtrant les véhicules immatriculés en Afrique du Sud. Les ressortissants sud-africains travaillant à l’entreprise SASOL ou à la société de transport Caal Maseru furent expulsés par la population et, ce vendredi 17 avril, un cordon humain a brièvement empêché, dans la région frontalière de Ressano Garcia l’entrée de véhicules sud-africains. Une manifestation pacifique contre la xénophobie a lieu ce samedi 18 à Maputo.

Selon les organisateurs, représentés par Boaventura Monjane, la démonstration vise à “ témoigner de la solidarité avec nos frères victimes des attaques xénophobes en Afrique du Sud ” mais aussi “à faire pression sur les gouvernements d’Afrique du Sud et du Mozambique pour qu’ils aboutissent à une entente et rencontrent une solution permanente et définitive à ce problème récurrent de xénophobie en Afrique du Sud”. D’autres voix s’élèvent en outre pour rappeler la solidarité historique du Mozambique à l’égard des Sud-africains dans la lutte contre l’apartheid.

Cependant cette xénophobie est la conséquence d’importantes disparités socio-économiques tant au sein de la société sud-africaines que entre le Mozambique et l’Afrique du Sud. Pays fortement industrialisé, l’Afrique du Sud a longtemps bénéficié de l’apport de la main d’oeuvre immigrée, employée notamment dans les mines d’or. Une migration clandestine est néanmoins fréquente et la zone frontalière entre l’Afrique du Sud et le Mozambique fait l’objet d’une surveillance drastique.

Les migrations sont le prétexte à de nombreux mouvements nationalistes et xénophobes en Afrique noire, mouvements qui sont l’exutoire des tensions socio-économiques internes et aboutissant parfois à des tensions internationales ou régionales, qui sont eux-mêmes causes d’exodes et de mouvements migratoires.

Le Mozambique est lui-même traversé par des conflits latents, politique ou d’ordre régionaux et certains milieux succombent aussi aux tentations racistes à l’égard des minorités (blanches, métisses, indiennes) mozambicaines et à une certaine xénophobie touchant les migrants venant de divers pays d’Afrique noire (Zimbabwe et Malawi par ex) dont des réfugiés en provenance des zones de conflits en Somalie ou en Afrique centrale.

Un colloque universitaire “Reflexão Multidisciplinar da Migração Ilegal : Oportunidades e Desafios para Moçambique” eut lieu à Maputo en 2011. Divers participants avait souligné que ces migrants pouvaient avoir un impact positif dans l’économie mozambicaine mais qu’il était judicieux de « convertir illégaux en légaux » en adoptant une politique d’immigration et de légalisation des étrangers « clandestins » permettant un meilleur contrôle de leurs activités économiques. Même si on met trop souvent en corrélation les migrations avec une certaine criminalité (trafic de drogue, de personnes), l’apport positif des migrations ne peut être nié, particulièrement dans les secteurs économiques en demande d’une main d’oeuvre bon marché. Dans sa présentation à ce colloque l’économique Firmino Mucavel dit que, «  dans le monde entier, de grands secteurs de l’économie fonctionne sur la base d’une main d’oeuvre étrangère qui est généralement la moins coûteuse  » et de constater que les migrations sont une grande source de recettes dont il serait hasardeux de s’en priver en appliquant une politique restrictive en la matière. Cependant la situation change ces dernières années, le pourcentage de migrants illégaux impliqués dans l’économie informelle et dans le trafic des ressources naturelles, minières ou forestières, est en augmentation. L’enrichissement d’une partie de cette population n’est pas sans influer sur le marché de l’immobilier, provoquant une augmentation des loyers. Un discours xénophobe se manifeste dès lors de manière récurrente dans la presse et dans les déclarations politiques qui présentent l’immigration comme une menace pour la sécurité publique, pour le développement économique et l’unité nationale et liant l’immigration au crime organisé. A terme ce climat pourrait déboucher sur des incidents analogue à ce qui se passe en Afrique du Sud.

Une telle situation nécessite une approche globale du problème des migrations, considérées non seulement dans leur dimension nationale mais aussi sur le plan régional et international. Mais cette approche ne peut se contenter d’une politique restrictive ou répressive. Une intégration des migrants dit « clandestins » dans l’économie légale est indispensable et devra passer logiquement par une politique de légalisation de ces migrants.

Sources :

1. Moçambicanos vítimas de xenofobia na África do Sul começam a regressar ao país

2. Moçambicanos respondem à onda de xenofobia na África do Sul 

3. Imigração ilegal : deve-se procurar benefícios para o País, in « Portal do gouverno de Moçambique », 11 mars 2011.


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