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la sociologie mozambicaine en deuil

Carlos Serra (1941-2020)

jeudi 26 mars 2020, par Patrice Dx

Carlos Serra (1941-2020) était depuis la fin janvier hospitalisé au Portugal. Victime d’un cancer, il succomba ce mardi 25 mars à Braga (Portugal).
Carlos Serra était une sociologue des plus renommés au Mozambique. Il porta un regard rigoureux, sur le plan scientifique, et critique sur la société mozambicaine qu’il contribua à construire à travers ses écrits théoriques et son blog.

Intellectuel engagé, Carlos Serra débuta sa carrière comme journaliste au quotidien Noticias de Beira. Il était aussi professeur d’histoire, dans les années 1970, et se distinguait par sa préoccupation de se dégager du lusocentrisme qui prévalait avant l’indépendance pour évoquer le devenir des peuples autochtones, Hottentots, Mwenemutapas, Madzimbabwes etc... et mener ses élèves jusqu’au monts Chinhamapere pour voir les peintures rupestres.

En 1973, Carlos Serra s’incrivit à l’Université pour étudier l’Histoire et à l’indépendance, dans le contexte de l’exode des professeurs portugais, il fut impliqué dans la réorganisation du département d’Histoire de la future Université Edouardo Mondlane. Il participa à l’élaboration du premier manuel, post-indépendance, d’Histoire mozambicaine. Ce manuel "Historia de Moçambique : primeira sedentarias e o impacto dos mercadores 200/300/1886" publié en 1982 fut un des premiers ouvrages post-colonial d’histoire du Mozambique et contribua grandement à la dynamisation de la recherche historique au Mozambique.

En s’orientant vers la sociologie, Carlos Serra présenta sa thèse de doctorat à l’Ecole des Hautes Etudes de Sciences sociales à Paris. Il s’intéressa surtout aux travaux de Emile Durkheim et de Alain Touraine, qui devint sa principale référence théorique.

Serra développa, au Mozambique, une sociologie du quotidien, étudiant principalement les phénomènes de stigmatisation, de métissage et d’identité sociale. Il s’intéressa, à l’occasion des premières élections locales (autarciques) à la sociologie électorale et publia "O Eleitorado incapturavel". Lucide quant aux distorsions sociales, il porte son attention sur les rapports entre l’ethnicité et le pouvoir, et étudie aussi des processus de violence sociale, trafic de mineurs, lynchage des délinquants,. Toutes ces recherches tendent non seulement à décrire le quotidien, mais aussi de cerner au plus près l’identité mozambicaine.

Retraité, Carlos Serra ne cesse pas ses activités. Il ouvre un blog - "Diaro de um sociologo" - qui rencontre un vif succès auprès de l’intelligentzia mozambicaine et à l’étranger, et se préoccupa de mettre en place un périodique scientifique édité par le Centre d’Etudes Africaines de l’Université Edourdo Mondlane. En outre, la dégradation de l’environnement le préoccupe, et s’engage activement dans sa préservation.

Avec sa disparition, le Mozambique perd un de ses plus éminents chercheurs mais surtout un homme généreux, rigoureux et soucieux de l’avenir et du bien-être de son pays. Espérons que sa mémoire subsistera à travers ses écrits et ses publications sur la Toile...

sources et références

Cet article résume la nécrologie éditée par Carta de Moçambique

le blog Diáro de um Sociologo

Carlos Serra, sur Facebook - la page est entretenue par son fils.