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Fêter la paix

samedi 19 octobre 2002, par Patrice Dx

Ce 4 octobre est, depuis cette année, un jour férié au Mozambique : on y célèbrera la paix et la réconciliation. Il y a dix ans, les accords entre le gouvernement et la Renamo, alors mouvement d’opposition armée, mirent fin à une des guerres civiles les plus désastreuses d’Afrique. Aujourd’hui, avec la paix et la démocratisation du régime, les Mozambicains ont toutes les raison d’espérer en l’avenir.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de l’histoire mozambicaine ? Deux facteurs externes permirent de mettre fin à la guerre civile qui sévissait depuis 1985 au Mozambique : d’une part la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud qui cessa, en application des accords de N’komati, d’appuyer l’opposition armée au Mozambique. D’autre part, la chute du régime soviétique et l’abandon du communisme. Ces circonstances furent favorable à une mutation du Frelimo qui abandonna l’idéologie marxiste pour se tourner vers le libéralisme.

Les efforts diplomatiques et l’action pacificatrice de la communauté de San Egidio permirent aux factions ennemies de s’entendre sur un projet, accepté de part et d’autre, de désarmement et de démocratisation. Loin de tout esprit de vengeance, une attention particulière fut accordée à la pacification des esprits. Pour pallier le traumatisme psychosocial d’une guerre où toutes les atrocités furent commises, l’aide économique et humanitaire ne suffirent pas, guérisseurs et sorcier apportèrent leur concours au sein d’une société fortement imprégnée de croyances animistes. Des rituels et pratiques propriatoires permirent la purgation cathartique de la souffrance collective, tandis que les institutions internationales et les ONG se consacraient à résoudre les problèmes des réfugiés, de la pauvreté, ou du danger des mines antipersonnelles. Des actions furent accomplies pour procéder au désarmement : l’expression d’un groupe d’artistes, à Maputo, qui récupèrent des armes démilitarisées pour en forger des oeuvres d’art exprime cette volonté de paix. Une importante économique fut accordée, par la Banque mondiale entre autres, pour relancer l’économie sur la base de micro-entreprises technologiquement simples et à forte intensité de main-d’oeuvre.

Depuis dix ans, le Mozambique vit une démocratie pluraliste sous régime économique libéral. Une prospérité réelle peut être constatée, mais force nous est de reconnaître qu’elle se répartit inégalement au sein de la société mozambicaine et que le pays doit répondre aux défis d’une criminalité internationale et interne. Quelques affaires, dont l’assassinat du journaliste d’investigation J. Cardoso, rappellent que l’Etat de droit, bien implanté aujourd’hui au Mozambique, reste fragile et doit être consolidé.

Nous voulons multiplier les raisons d’espérer, tissant des liens de solidarité avec le pays, particulièrement dans le domaine artistique et culturel, oeuvrant à une coopération, ou à une synergie créatrice, entre mozambicains et européens.

Quoiqu’il en soit, nous fêterons, un peu plus tard il est vrai que le calendrier mozambicain, ces dix ans de paix, lors d’une soirée festive qui se tiendra le 16 novembre à Molenbeek.


Festa de Moçambique et da paz, le 16 novembre 2002 à 20 h, à la salle Vaartkapoen, 76, rue de l’école, à Molenbeel (1080 Bruxelles).