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Justice

L’affaire Cardoso devant la justice

jeudi 12 décembre 2002, par Patrice Dx

Depuis le 18 novembre 2002, les six hommes accusés du meurtre du Carlos Cardoso, journaliste d’investigation assassiné le 22 novembre 2000 comparaissent devant la cour d’Assise. Ce procès est actuellement le plus important dans le pays, car il met en cause un assassinat politico-mafieux dans lequel d’importantes personnalités, dont le fils du président lui-même, pourraient être impliqués.

Une affaire ténébreuse

En cause, une famille très influente dans les milieux d’affaire : le "clan" Satar. Deux membres de cette famille sont inculpés : Momade Assife Abdul Satar (surnommé "Nini"), et son frère Ayob Abdul Satar. Leur associé proche, le banquier Vincente Ramaya, se trouve aussi sur les bancs des accusés.

Ramaya et la famille Satar furent liés au scandale de la Banque Commerciale de Moçambique (BCM). Il s’agit d’une gigantesque fraude portant sur 14 millions de dollars détournés de la plus grande banque du pays, la BCM, au moment de sa privatisation en 1996.

Quand la fraude fut découverte, la corruption du procureur permit aux escrocs d’échapper à la justice tandis que les membres clés de la famille Abdul Satar se réfugièrent à Dubai.

Carlos Cardoso s’occupa avec ténacité de l’affaire, particulièrement après qu’un député éminent du Frelimo, Eneas Comiche, cita nommément les Satar et Ramaya à la tribune parlementaire de mars 2000 et dénonça le procureur impliqué dans l’affaire. Cette investigation et la publicité donnée à ce scandale conduisit à la révocation du procureur général Antonio Namburete et de six de ses assistants.

Pour Cardoso, il ne s’agissait pas seulement de dénoncer le scandale. Il commença à fouiller dans les autres activités de la famille Satar : agences de change et diverses activités commerciales qui, bien qu’ils avaient toute l’apparence de la légalité, pouvaient fort bien être acquis avec l’argent détourné de la BCM. 

L’enquête journaliste se poursuivi jusqu’à ce soir du 22 novembre 2000, une rafale de AK47 mit fin aux jours de l’infortuné journaliste.

Une exécution programmée

Selon l’accusation, les frères Satar et Vincente Ramaya, ayant décidé d’éliminer Cardoso, recrutèrent Anibal dos Santos Junior (Animalzinhos) pour organiser le meurtre. Ce dernier recruta à son tour Manuel Fernandes et Carlitos Rachide Cassamo.

La jour du meurtre, Cardoso quitta ses bureaux du Metical, le journal dont il était directeur, un peu après 18 h 30. A cette heure-là, la nuit est déjà tombée à Maputo.

L’enquête révèle les mécanismes d’une exécution programmée : la Toyota du "Metical" (le journal que Cardoso dirigeait) démarre. Immédiatement, une City Golf rouge conduite par Anibalzinhos le suit : sur les sièges arrière, se trouvent Fernandes et Cassamo. Les tueurs sont armés d’un fusil d’assaut AK 47. L’arme, on le saura par la suite, était fourni par Nini Satar.

A deux cent mètres des bureaux du Metical, la City Golf bloque la Toyota et forcent le chauffeur à s’arrêter. Cassamo ouvre le feu et 8 balles mettent instantanément fin aux jours du journaliste. Le chauffeur de Cardoso est grièvement blessé mais il survivra.

Comme un vent de révolte

Immédiatement, le meurtre suscita une intense émotion à Maputo et eut une répercution de portée internationale.
Carlos Cardoso, militant de longue date du Frelimo, avait fait la preuve de son intelligence journalistique, de son intégrité politique et de son indépendance d’esprit. Prenant quelque distance par rapport au gouvernement, il fut un des premiers à mettre en place une agence de presse indépendante. Cardoso était un des garants de la liberté de presse dans la jeune démocratie pluraliste mozambicaine.

L’opinion était lassée par l’atmosphère de corruption qui baigne la vie politique et les affaires et le peuple, et aussi l’intelligentzia de Maputo, s’inquiétait du devenir de la démocratie au Mozambique. La liberté de la presse se trouvait directement menacée par l’assassinat de Cardoso, qui bénéficiait d’une grande estime de la part de ses confrères et du public.

Immédiatement, des manifestations s’organisèrent dans les rues de Maputo et un comité de vigilance fut constitué.

Sous la pression publique, l’enquête policière, après des débuts chaotiques, conduisit à l’arrestation de Anibalzinho au Suaziland en février 2001. Quelques jours après, les cinq autres suspects furent tous arrêtés. Les avocats de la défense exploitèrent toutes les lacunes de la procédure pour retarder le procès. Des appels furent lancés, jusqu’à la Cour Suprême, pour empêcher la tenue du procès, et Nini Satar tenta même de faire remplacer le juge Augusto Pazulino, sous prétexte de « partialité ».

Evasion opportune

En septembre 2002, tous se préparent à l’ouverture du procès quand un coup de théâtre remet tout en cause. Le 1er septembre, un inconnu ouvrit la cellule de Anibalzinho, incarcéré à la prison de haute sécurité de Maputo. Le suspect n°1 s’échappe sans peine et de façon fort opportune.

Le ministre de l’intérieur Alemrino Manhenje savait pourtant que Anibalzinho pourrait tenter de s’échapper. Le chef de la police de Maputo l’en avait dûment averti et espérait un renforcement de la sécurité. En vain, aucune mesure ne fut prise pour prévenir la fuite du suspect.

On a arrêté les commandants des unités de police chargées de garder la prison, mais, à l’évidence, les ordres de relâcher Anibalzinho viennent de plus haut. Depuis lors, Anibalzinho défie les autorités en envoyant des menaces de mort sur le téléphone mobile de Frangouli.

La cour dut attendre 60 jours afin de donner l’occasion à Anibalzinho de se rendre, ce qu’il ne fit pas et l’inculpé sera jugé par contumace.

Ces dernières semaines, d’autres noms revinrent à la surface. Nini Satar a affirmé qu’il n’était qu’un intermédiaire dans l’assassinat. Parmi ceux qui donnèrent les instructions se trouvent, selon lui, Bamburete et d’autres ex-attorney, l’ex ministre de l’industrie, Octavio Muthemba et Nyimpine Chinasso, homme d’affaire et fils du président Joaquim Chissano.

Il est trop tard pour citer ces suspects dans le procès du 18 novembre, mais le juge Paulino a dit qu’il seraient interrogés en tant que témoins. S’il y avait une quelconque charge contre eux, une seconde procédure, indépendante du premier, sera ouverte.

Jusqu’à présent, les interrogatoires conduisent à des versions contradictoires et de nouvelles confrontations sont attendues, qui permettront peut-être d’élucider une des affaires les cruciales pour le Mozambique

Sites web sur l’affaire Cardoso

- Committee for the protection of the journalists : Dossier sur l’affaire Cardoso

- http://www.mol.co.mz/cardoso/julgamento.html
Mozambique on line a constitué un dossier de presse sur l’affaire Cardoso.

- un hommage à Cardoso, homme de paix, par All.Africa.com

- Liens sur Cardoso, par Africa expert