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Justice

Assassinat de Cardoso : un verdict attendu

vendredi 31 janvier 2003, par Patrice Dx

Au terme d’un procès que l’on pourra qualifier d’historique, par son retentissement au Mozambique et à l’étranger, la Cour a rendu un verdict sévère à l’égard des six inculpés dans l’assassinat du journaliste Carlos Cardoso en novembre 2000. Tous ont été reconnus coupables du meurtre du journaliste et de la tentative d’assassinat du chauffeur, qui fut grièvement blessé dans la fusillade.

La sentence la plus sévère fut imposée à Anibal do Santos junior (dit « Anibalzinho »). Ce dernier s’échappa de la prison de haute sécurité de Maputo le 1 septembre 2002 et fut donc jugé par contumace. Cependant, la police sud-africaine l’a arrêté ce mardi 28 janvier aux environs de Prétoria et l’individu a rapidement été extradé.

La Cour reconnut que Anibalzinho a recruté les tueurs et a conduit la voiture utilisée dans l’embuscade. Il écope de 22 ans de prison pour meurtre au premier degré, plus 18 ans pour tentative de meurtre, et 10 ans pour conspiration criminelle, 10 ans pour vol de voiture et 9 ans pour l’usage illégal d’armes à feu, sans compter les peines de moindre importance pour des délits tels que l’usage de faux passeport et usurpation d’identité… l’ensemble de ces peines sont rassemblées en une peine incompressible de 28 ans, qui est, en raison de la gravité et de la multiplicité des crimes commis, supérieur à la peine maximale prévue par la loi. Les deux autres tueurs, Carlitos Rachide et Manuel Fernandes sont condamnés à 23 ans de prison. Ils bénéficient d’une relative clémence dans la mesure où ils ont confessé spontanément le crime.

Les trois autres inculpés furent reconnus coupables d’avoir ordonné le crime : il s’agit de Momade Assife Abdul Satar – condamné à 24 ans de prison – et de son frère, Ayob Abdul Satar, propriétaires du bureau de change Unicambios, qui passera 23 ans et demi derrière les barreaux.

En sus, le tribunal a pleinement satisfait les requêtes de la partie civile en accordant une large indemnité aux deux enfants de Carlos Cardoso ainsi qu’au chauffeur Carlos Manjate.

Il est à noter que dans ses attendus, le tribunal a souligné que d’autres personnes pourraient être impliquées dans le meurtre dont le but était d’empêcher les investigations du journaliste dans le scandale de la Banque Commerciale Mozambicaine (BCM) qui impliquait sérieusement la famille d’Adbul Satar. Suivant l’enquête et le procureur, la Cour a estimé que le meurtre a été planifié au cours de l’année 2000 lors de réunions qui eurent lieu à l’hôtel Rovuma… mais elle estime aussi que d’autres réunions ont pu se tenir auxquelles d’autres personnes que les prévenus pourraient avoir assisté. Elles auraient eu lieu dans la propriété de la femme d’affaire Candida Cossa et dans les locaux de la compagnie Expresso tour, qui appartient à Nyimpine Chissano, fils aîné du président Joaquim Chissano.

Lors des interrogatoires, Nini Satar a parlé au chef de police de Maputo, Antonio Frangoulis, de ces réunions, où Nyimpine Chissano aurait été présent. Curieusement, après avoir rapporté ces déclarations à ses supérieurs (et ce y compris le ministre de l’Intérieur), le chef de police fut écarté de son poste. La Cour ne peut ni acquitter, ni condamner N. Chissano, dans la mesure où il n’était pas cité à comparaître, mais le fait que son nom soit explicitement mentionné favorisera certainement la poursuite de l’enquête et l’ouverture d’un autre procès. Pour le Procureur public, Chissano Jr est un suspect.


Source : Mozambique News Agency, 31 janvier 2003