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du meurtre d’une nonne au trafic d’organes

mercredi 3 mars 2004, par Patrice Dx

une sombre affaire agite la région de Nampula. Un réseau criminel se livrerait à des enlèvements et assassinats d’enfants, pourvoyeurs involontaires d’organes - langue, gonades, etc...- destinés à des guérisseurs traditionnels.

L’affaire ressemble au scénario d’un thriller. Le mardi 24 février, Doraci Edinger, une religieuse protestante brésilienne, fut retrouvée morte, étranglée et le crâne fracassé, dans sa maison à Nampula. L’assassinat eut lieu quelques jours auparavant : le samedi 21, un témoin relate avoir entendu des appels au secours, sans pouvoir en identifier la provenance et ce n’est que mardi que le corps fut découvert. Hulda Hertel, pasteur de cette même église, affirma que Doraci avait évoqué, dès 2001, le problème de trafic d’organes d’enfants au nord du Mozambique et qu’elle se sentait menacée. Par qui ? on ne sait encore, même si quelques suspects, dont des gardiens de la maison, furent arrêtés.

Le scandale du trafic d’organes fait actuellement la une de la presse locale et inquiète beaucoup la population de Nampula. Ce trafic fut dénoncé il y a peu par un couvent catholique, des soeurs de la Congrégation des Servantes de Marie, qui réussit à réunir une documentation sur la disparition d’un certain nombre d’enfants, (on parle d’une quinzaine de cas) et de la découverte de corps mutilés.

La rumeur commença en 2003 avec un témoignage sur une tentative de vente d’un enfant de 9 ans à un couple habitant aux alentours de l’aéroport de Nampula. Ce couple, un sud-africain et une danoise, dénonça la tentative aux autorités locales, avec l’aide des religieuses du couvent local. Ces circonstances amenèrent ces dernières à dénoncer des faits associés à des rapts de mineurs et à la découverte de cadavres d’enfant et d’adultes emputés d’organes vitaux, ceci en vue d’un trafic d’organes humains. On en vint à supposer l’extension de ce trafic aux provinces voisines de Manica et de Cabo Delgado où apparurent des témoignages de disparitions inquiétantes et de la découverte d’enfants assassinés et mutilés.

Ces événements aboutirent à une enquête judiciaire au terme duquel le Procureur général Joaquim Madeira conclut qu’il n’y avait aucune preuve de trafic d’organe. Selon le médecin légiste E. Zacarias, les corps exhumés dans le cadre de l’enquête ne montrait aucun signe de mutilation. Il y a eu certes des cas d’enlèvement et de meurtre d’enfant, notamment un cas où trois hommes furent accusés et condamnés pour meurtre d’enfant "afin d’extraire leur langue", ceci dans le cadre de pratiques de sorcellerie ou de "médecine" traditionnelle. Une autre disparition se révéla être une fugue consécutive à de mauvais traitements maternels. Dans un cas, un enfant affirma avoir été torturé mais l’enquête ne permit pas de conclure à l’intention homicide en vue d’un trafic d’organe. Les autorités estiment que la rumeur amplifia les faits réels.

Cependant, l’Eglise reste d’autant plus inquiète et préoccupée que les religieuses catholiques qui avaient dénoncé le trafic firent à mainte reprises l’objet de menaces. Persistant dans leur accusation, elles dénoncent la mauvaise volonté des autorités locales et la superficialité des autopsies. A Nampula, l’évêque Tomé Makweliha créa - vers le 24 février - une commission diocésaine pour suivre le cas et la Congrégation des Servant-e-s de Marie lancèrent un appel en faveur d’une pression internationale "sur le gouvernement du Mozambique" en faveur d’un approfondissement de l’enquête.

Dans ce contexte, l’assassinat de Doraci Edinger n’est pas fait pour atténuer les soupçons que seule une enquête rigoureuse et sans concession pourra laver.

Quoi qu’il en soit, l’existence de trafic d’organe d’enfant, enlevés et tués à cette fin, est affirmée depuis longtemps, mais ce phénomène n’est pas localisé au Mozambique. Lea Bonaventura, coordinatrice régionale pour la campagne international contre la traite des mineurs, avait, dès 2001, dénoncé la traite d’enfant pour la prostitution, le travail forcé, ainsi que l’assassinat de certains d’entre eux pour le prélèvement d’organes vendus pour transplantation médicale, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. D’après elle, il y a des preuves que "des enfants furent kidnappés et vendus au Mozambique et que leurs organes furent enlevés et vendus" .

Une anthropologue, Nancy Scheper-Hughes, évoque un phénomène planétaire - un trafic globalisé d’organes qualifié de "néo-cannibalisme" - que suscite la fracture nord/sud et la demande croissante des populations riches, mais vieillies, en organes pour les greffes médicales. Symbole de la prédation des pays riches, ce trafic d’organes provenant majoritairement du tiers monde est avéré en Amérique du Sud, alimentant des cliniques privées, américains ou brésiliennes, dans les greffes. En Chine, il serait organisé à l’échelle étatique, alimentant le marché international d’organes prélevés sur les nombreux condamnés à morts. Les campagnes d’éradication du crime - qui se soldent par de nombreuses exécutions - coincideraient, curieusement, avec les demandes en organes.

Sur le continent africain, le phénomène prend cependant une ampleur moindre : selon un rapport sur le crime organisé au Mozambique - Mozambique : Threats posed by the penetration of criminal networks par Peter Gastrow and Marcelo Mosse, publié par l’Institute for Security Studies (ISS), en Afrique du Sud, - il y aurait au plus 10 groupes comprenant chacun 4 ou 5 personnes impliquées dans ces trafics, qui ont lieu principalement dans les provinces du sud quoique il y a eu des rapports de découvertes "de corps avec des organes manquant dans la province de Nampula, au Nord" (1) Le but de ces trafics criminels serait de fournir des organes aux guérisseurs.


note 1 : " there are up to ten groups - each consisting of four or five people, including their contacts in neighbouring countries - involved in the trafficking of human organs. They consist of indigenous Mozambicans and it is not uncommon to find women among their members. They do not have a sophisticated organisational structure and are mostly family based. Although these groups operate mainly in southern Mozambique, for example in Maputo and Xai-Xai, there have been reports of bodies with missing organs in the northern province of Nampula. "
in Mozambique : Threats posed by the penetration of criminal networks par Peter Gastrow and Marcelo Mosse - http://www.mol.co.mz/analise/crimes/mosse01.html


Sources :

BBC news 27/02/2004 - http://news.bbc.co.uk/go/pf/fr/-/2/hi/africa/3493016.htm

International The News - 28 fevrier 2004 - http://jang.com.pk/thenews/feb2004-daily/28-02-2004/world/w4.htm

Iafrica.com - 26/02/2004 et 28/02/2004 - Nun accuses Moz of organ trafficking.
http://africa.iafrica.com/c2cnews/305428.htm

Mozambique : children sold for organs, par Th. Bancroft-Hinchey in : Pravda 11/05/2001 - http://english.pravda.ru/hotspots/2001/10/15/18033.html

Independent catholic news - Rome 21/01/2004 -
Allafrica.com : Agence d’information du Moçambique :
http://allafrica.com/stories/printable/200402230501.html

the new cannibalism, par Nancy Scheper-Hughes, est disponible en ligne à :
http://sunsite.berkeley.edu/biotech/organswatch/pages/cannibalism.html

site web : organ watch : http://sunsite.berkeley.edu/biotech/organswatch/index.html

The end of the body : THE GLOBAL TRAFFIC IN HUMAN ORGANS Scheper-Hughes N (University California Berkeley, USA) , Current Anthropology, 41 (2) : 191-224 April 2000, disponible à :
http://sunsite.berkeley.edu/biotech/organswatch/pages/cadraft.html

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