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Politique

Armando Guebuza à Bruxelles

mercredi 29 septembre 2004, par Patrice Dx

Armando Guebuza, secrétaire général du Frelimo, se présente aux prochaines élections présidentielles qui auront lieu en décembre 2004. Sa visite à Bruxelles fut l’occasion d’une rencontre, sous l’égide de l’ambassade du Mozambique, avec la communauté mozambicaine résidant dans notre pays. Nous assistions à l’événement.

le candidat de la continuité

La réception de bienvenue se déroula le 25 septembre, en présence de la communauté mozambicaine de Belgique, diplomates et expatriés, mais aussi de représentants de diverses organisations non gouvernementales concernées par le Mozambique. Armando Guebuza eut l’occasion d’écouter attentivement les questions des mozambicains expatriés, ainsi que de prendre contact avec divers partenaires belges. Les représentants de Amigos de Moçambique, asbl, eurent l’occasion de lui souhaiter la bienvenue et de présenter l’essentiel des activités de l’association, soulignant l’importance des relations de solidarité entre l’Europe et le Mozambique dans la construction d’un monde plus équitable et plus pacifique.

Homme affable, courtois et pondéré, Armando Guebuza se montra dans son allocution d’une grande clarté et précision, témoignant d’une forte expérience politique. Dans une première partie, il insista sur la volonté de poursuivre l’oeuvre de son prédécesseur, adoptant une politique de continuité et de stabilité. Le maintien des relations pacifiques internes, le souci d’une bonne gouvernance et d’intégration dans la communauté internationale constituent les principes d’une politique dont les axes sont : la paix, la lutte contre la pauvreté, et le développement. Sur ce dernier point, il compte sans restriction sur les investisseurs privés, faisant confiance en la dynamique propre d’une économie libérale.
Guebuza témoigne en outre d’une connaissance solide des dossiers économiques en évoquant la problématique du coton en Afrique et au Mozambique.

A une question posée sur les relations extérieures du Mozambique et du Frelimo, Guebuza prit soin de rappeler les sources historiques de la politique internationale du Mozambique. Celle ci fut déterminée, dès la lutte pour l’indépendance, par la guerre froide : le camp occidental préférant appuyer le Portugal tandis que le bloc communiste soutenait les luttes anticoloniales. Cependant le Frelimo avait choisi de se dégager de la logique de la guerre froide et sollicitait l’appui diplomatique de tous les Etats, occidentaux ou non, dans sa lutte de libération. C’est ainsi que se tissèrent des liens de solidarité avec de nombreux Etats et des formations politiques démocratiques, en Europe comme dans le reste du monde. Le Frelimo a donc une tradition d’universalisme, d’ouverture et de multilatéralisme qui permit au Mozambique d’adopter une politique internationale autonome et de maintenir des relations pacifiques avec l’ensemble des pays occidentaux.

Ici encore, Guibuza entend poursuivre la politique de son prédécesseur :

" Continuar a acção política e diplomática do Presidente Chissano é outro elemento importante. Moçambique continuará a honrar os compromissos que tem assumido com as instituições internacionais, nomeadamente os que têm que ver com a vertente económica, com o Banco Mundial, o FMI, a União Europeia. Vamos continuar a cooperar empenhadamente com as Nações Unidas e com todas as suas agências especializadas." - "Continuer l’action politique et diplomatique du président Chissano et un autre élément important. Le Mozambique continuera à honorer ses engagements pris à l’égard des institutions internationales, particulièrement celles qui concernent le secteur économique telle la Banque mondiale, le FMI et l’Union européenne. Nous allons continuer à coopérer activement avec les Nations unies et avec toutes ses agences spécialisées" [1]

Ainsi Guebuza insiste sur la consolidation des principes démocratiques de l’Etat, le renforcement de l’appareil judiciaire propre à un Etat de droit, à travers notemment la formation de juges capables de faire respecter les lois. Il apparaît ainsi comme le candidat de la stabilité et de la continuité d’une politique qui, en 12 ans de paix et de démocratie libérale a, selon ses promoteurs, fait ses preuves.

un homme d’affaire et de pouvoir

Vétéran de la guerre de libération, auquel il participa dès 1965, Guebuza devint rapidement après l’indépendance un des hommes clés du jeune Etat. Durant la période de transition, en 1974, il occupait le poste de ministre de l’administration interne, et dès 1975, devint ministre de l’Intérieur. Sa politique était ferme et ses détracteurs lui reprochent les excès de décisions abruptes : telle ce "décret 20-24" qui expulsait, en 1975, les colonialistes portugais en 24 heures en leur accordant le droit d’emporter 20 kg de bagages. De même, il fut le responsable de "l’opération production" en 1983 au cours duquel des milliers de sans-emploi furent expulsés de la capitale et de Beira et déportés dans la brousse, dans la province de Nyassa, pour y devenir, tant bien que mal et sans aucun appui logistique ou autre, des paysans. Il fut cependant un des acteurs de la transformation socialiste du pays, créant et organisant les "groupes dynamisateurs", qui mobilisait la population lors de la période de transition et au début de l’indépendance, et regroupant les victimes des inondations de la vallée de Limpopo dans les villages communautaires en 1977.

Il fut un des premiers leaders mozambicains à percevoir les conséquences de la chute du communisme et à se rendre compte de la nécessité, pour le Mozambique, de s’aligner sur les directives économiques du Fond monétaire international et de la Banque mondiale. De même, il fut un des artisans de la démocratisation du pays, préférant une démocratie multipartidaire à économie de marché à un socialisme rendu impossible tant par la guerre menée par la Renamo que par les contraintes économiques mondiales. Il dirigea la délégation gouvernementale aux négociations de paix en 1992. Homme d’affaire avisé, il se rendait compte de l’intérêt que présentait l’émergence d’une classe moyenne et de capitalistes nationaux qui bénéficieraient grandement des privatisations de l’ère post-socialiste. Certains le disent affairiste. Guebuza serait un des hommes les plus fortunés du Mozambique. Son activité économique touche à divers secteurs : banque, brasserie, importation/exportation à Beira, pêcheries, construction et secteur touristique, sans compter les medias et la publicité.

Considéré comme le gardien d’une certaine tradition de centralisme et d’autorité au sein du Frelimo (il s’opposerait au modernisme du clan Chissano), Armando Guebuza est perçu comme un nationaliste radical de style populiste capable de mettre de l’ordre dans une nation touchée par la criminalité et la corruption.

Si les électeurs le portent à la tête de l’Etat, Il est probable qu’il réussisse son triple pari - développement, paix, lutte contre la pauvreté - à condition de ne pas perdre de vue que les lois du marché ne pourront effacer à elles seules les disparités sociales et à ce titre, il est à espérer que les cadres actuels du Frelimo se souviennent des idéaux qui animèrent les combattants qui, il y a tout juste quarante ans, lancèrent l’attaque du poste administrative de Chai dans la province de Cabo Delgado, déclenchant la lutte armée de libération anticoloniale.


voir notre reportage photo de l’événement



[1interview accordée à la revue Expresso , propos recueillis par António Pedro FERREIRA)