INFO-MOÇAMBIQUE

Accueil > INFOS > Politique > Dhlakama (Renamo) se sent menacé

elections 2004

Dhlakama (Renamo) se sent menacé

samedi 27 novembre 2004, par Patrice Dx

La Renamo, principal parti d’opposition mozambicain s’inquiète du sort de son principal dirigeant, Afonso Dhaklama. Il accuse le Service d’information et de Sécurité de l’Etat (SISE) de mettre au point "un plan de liquidation physique" du leader Afonso Dhlakama. Ces accusations s’inscrivent dans une radicalisation de la campagne électorale et témoignent de la faiblesse de la Renamo.

Eduardo Namburete, chef du cabinet électoral de la Renamo s’adressant à la presse, affirmant disposer de "sources sûres provenant du Sise", accusa le Frelimo d’être l’inspirateur de cette supposée conspiration. La Renamo appelle " toute la communauté mozambicaine et étrangère à surveiller cette tentative qui devrait être réalisé par des éléments de la SISE" et considère "lamentable que cette organisme de sécurité de l’Etat soit utilisé pour satisfaire les ambitions d’un parti". En outre la Renamo accuse la SISE de préparer une campagne de dénigrement cherchant à présenter A. Dhlakama comme le promoteur d’une partition du pays.

Ces allégations émaillent une campagne électorale acerbe et fait suite à des incidents qui eurent lieu à Inhaminga, province de Sofala, au cours desquels furent tués des policiers qui avait encerclé les installations de la Renamo afin d’appréhender des militants accusés d’avoir attaqué un poste de police. Dans cette ville, le candidat du Frelimo, Guebuza, avait affirmé, dans sa campagne électorale, vouloir "en finir avec la Renamo".

Aux dernières élections présidentielles et législatives, en 1999, les secondes élections présidentielles libres du Mozambique, le Frelimo a confirmé sa relativement courte suprématie avec un résultat de 48.54 % des 4.1 million de votes valides, obtenant ainsi 133 sièges au parlement sur 250. La Renamo-Union électoral occupe jusqu’à présent 117 sièges, perdant 4 sièges. C’est dire que la compétition est serrée et que, étant donné l’influence de la Renamo dans certaines régions, le sort des candidats reste incertain.

La Renamo, dans un premier temps, n’avait pas accepté les résultats électoraux, validés par la cour constitutionnelle en janvier 2000, allégant d’irrégularités et de fraudes. Il apparaît que ce parti mène surtout une politique d’obstruction, appelant par exemple au boycott des élections municipales en 1998 et sabordant elle-même les perspectives d’une représentation d’une opposition coalisée au niveau local.

Sociologiquement, la Renamo s’appuye, dans les régions où elle a pu - lors de la guerre civile de 1976-1992 - s’implanter, souvent par la terreur mais aussi en utilisant à son profit les structures traditionnelles de la société rurale - sur un monde rural destabilisé par la modernisation volontariste du gouvernement socialiste. La Renamo préconise une reconnaissance politique des chefferies traditionnelles alors que le Frelimo adopte une logique plus "urbaine", en renforçant les conseils exécutifs de ville et les administrations intégrés à l’appareil d’État central et soumis au pouvoir depuis leur création.

On peut très schématiquement esquisser le rapport entre le Frelimo et la Renamo comme l’opposition entre la modernité et la tradition. Le Frelimo a depuis l’indépendance développé une philosophie politique axée sur la modernisation sociale, économique et politique du pays, l’inscrivant d’abord dans une perspective socialiste, intégrant le mozambique dans la sphère d’influence soviétique, puis, à la fin de la guerre froide, et au sortir de la guerre civile, dans une perspective libérale et moderniste. La Renamo ne semble pas avoir esquissé de programme politique clair. La lutte armée fut déclenchée sous l’instigation de l’étranger (la Rhodésie, régime de Jan Smith, n’est pas étrangère aux premières attaques contre le Mozambique) et avec l’appui de l’Afrique du Sud (sous régime d’apartheid) dont le pouvoir craignait l’influence communiste en Afrique australe. L’objectif poursuivi était clairement la liquidation de l’Etat socialiste, menant une tactique de terreur et de destruction de l’infrastructure sociale (écoles, hopitaux, industries) dépendant de l’Etat, et réclamant la "démocratisation", sous le modèle libéral pluripartidaire du pays.

Paradoxalement, la paix de 1992 constitue une sorte de victoire à la Pyrrhus de la Renamo : l’impossibilité d’une victoire militaire d’un des camps et l’épuisement de la nation avait contraint les belligérants, dans le contexte de la fin de la guerre froide et de l’abolition de l’apartheid, à une paix des braves et à la libération politique et économique. Mais la Renamo, bien implantée dans les provinces du centre, n’a pu valoriser ces acquis en se transformant en parti d’opposition constructif. Jouant la carte de l’obstruction, dénonçant de manière obsessionnelle les "fraudes" électorales, pourtant non confirmées par les observateurs internationaux, et s’appuyant sur une société rurale traditionnelle, et semblant manquer de compétences techniques, l’opposition de la Renamo s’avère stérile, même s’il tente de nouer des contacts internationaux avec les milieux conservateurs et démocrates-chrétiens (en Europe). Les verdicts électoraux successifs confirment la prédominance, malgré d’indéniables succès locaux de la Renamo, du parti au pouvoir.

Ce dernier a cependant considérablement modifié sa philosophie politique, abandonnant toute référence marxiste, il s’oriente vers une économie de marché et préconise la modernisation économique du pays en se mettant en phase avec les institutions monétaires internationales. Cependant, il hérite d’une certaine tradition d’autorité et de centralisme et se définit plutôt comme une formation social-démocrate.

Le paysage politique mozambicain semble marqué par une bipolarisation, où Frelimo et Renamo partagent seuls les sièges de l’Assemblée populaire, mais de nombreux partis se sont constitués lors de la démocratisation du pays. Certains d’entre eux se sont alliés avec la Renamo en se présentant sur la liste "Renamo-union électorale", d’autres restent indépendants. Aucun de ces dernier n’a pu engranger un nombre suffisant de voix pour se voir représentés au parlement.

Outre Guebuza et Dhlakama, trois autres candidats se présentent aux élections présidentielles, sans cependant une quelconque chance de succès :

- Raul Domingos fut chef de la delegation Renamo dans les négociations qui aboutirent à l’accord de paix de 1992. Accusé d’entretenir des relations secrètes avec le Frelimo, il fut expulsé de la Renamo en 1999 et fonda son propre parti "pour la paix et le développement". Plus diplomate que ses concurrents, il est parfois perçu comme un candidat modéré et moderniste.

- Ya-qub Sibindy est le premier homme politique d’obédience musulmane et prétend transformer le mozambique en une république islamiste et y introduire la charia. Il pourrait recevoir l’appui des musulmans d’ethnie macua et Iomué de Zambèze, Nampula, Niassa et Cabo Delgado, incluant des muAni de culture Suhaili islamisée.

- Carlo Reis, leader de l’Union Nationale mozambicaine (UNAMO) préconise un rééquilibrages des disparités régionales en transférant la capitale dans la province la plus riche du Mozambique, le Zambèze dont le chef-lieu est Quelimane. Son approche est cependant perçu comme exagérément régionaliste et "zambéziano-centrée".

Un sondage récent, conduit par l’Institut supérieur polytechnique et universitaire (ISPU), une université privée, réalisé en début octobre 2004, semble créditer le Frelimo de plus de 70 % d’intention de vote. Dans un premier sondage réalisé en juin, les préférences étaient accordées à Guebuza, 57.7 % contre 27 % à Afonso Dhlakama. En fin septembre, début octobre, le second sondage indique un renforcement de cette tendance : 72.8 % pour le candidat du Frelimo contre to 23.6 % en faveur de Dhlakama.

Ces sondages expliquent sans doute la radicalisation de la campagne de la part d’une l’opposition aux abois et tentant de discréditer, à tout prix, la majorité actuelle. Il est à souhaiter en tout cas que le scrutin qui se dégagera en décembre soit sans ambiguïté, étant donné les accusations probables de fraude de la part du perdant. Un écart de voix trop peu significatif risquerait de basculer le Mozambique, mutatis mutandi, dans un scénario "ukrainien" peu souhaitable.