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Le Mozambique à l’aide des USA ???

les leçons d’une gestion d’une catastrophe climatique

samedi 10 septembre 2005, par Patrice Dx

La catastrophe de la Nouvelle Orléans n’est pas sans rappeler de douloureux souvenirs aux Mozambicains. On se souvient en effet des images poignantes des inondations qui frappèrent en 2000 l’un des pays les plus pauvres de la planète. Le Mozambique bénéficia largement de l’aide internationale et tout particulièrement de l’action de nombreuses ONG. Ce pays, pourtant sous-développé, démontra un sens de l’organisation et de la solidarité dont il convient de tirer les leçons. Joe Hanlon (1) se demande dans quelle mesure les Etats-Unis ne devraient s’inspirer du Mozambique dans sa gestion des catastrophes climatiques.

« Le Mozambique devrait offrir son aide aux USA sur la manière de gérer les inondations », écrit-il (2) avant de constater que l’organisation des secours était bien plus performante que celle qui prévaut à la Nouvelle-Orléans : « trois choses font la différence : entraînement et planification, solidarité communautaire, et volonté de demander rapidement de l’aide »

En 1999, après avoir vécu plusieurs inondations de moindre importance, le Mozambique a organisé des simulations de secours et d’opération d’assistance humanitaire impliquant des organisations volontaires dont le Mozambique Flying Club, une association de pilotes privés. Des réserves de secours, dont des centaines de tonnes de nourriture et de médicaments, furent stockées dans les zones à risque et la Croix Rouge a assuré l’entraînement spécifique de ses volontaires et créa des stocks de tentes, d’abris et de matériel de protection.

A l’instar de Katrina, les inondations étaient prévisibles, mais personne ne s’attendait à ce qu’elles prennent une telle ampleur, explique Hanlon, mais ce qui fit la différence fut la procédure d’évacuation.

Le Mozambique avait reçu des avertissement de la part des météorologistes et deux jours avant les inondations, le gouvernement avait activés les comités ad-hoc sous la présidence du ministre Leonardo Simao. Correctement préparé, le comité put agir rapidement. Au contraire de la Nouvelle-Orléans, les évacuations respectèrent le tissu social, les voisinages furent reconstitués dans cités-campements implantés en hauteur. Chowkwe (prov. de Gaza) fut la ville la plus importante a être totalement évacuée et l’administration de la cité fut déplacée en groupe de manière à pouvoir continuer son travail administratif au cœur du campement en toile.

On peut mesurer le contraste avec la Nouvelle-Orléans où les autorités semblent avoir ignoré les leaders des communautés locales et ne firent aucun effort pour les intégrer dans la planification de l’évacuation, au moins dans les quartiers les plus pauvres.

Tout le monde ne put être évacué à temps mais 45.000 personnes furent sauvées par bateau, soit par l’armée, soit à l’aide des petites embarcations privées, soit par la Croix rouge et les pompiers. Les volontaires civils agirent rapidement. Hanlon remarque que le Mozambique Flyning Club improvisa un aéroport sur une portion de route aux abords des inondations. Ce tarmac improvisé fut utilisé pour 3.000 vols. A la Nouvelle-Orléans, les autoroutes désertées auraient pu servir de piste pour de petits avions, mais ce ne fut pas fait.

Les victimes purent compter sur l’aide de milliers de volontaires mozambicains qui furent rapidement mis au travail par la Croix Rouge.

Le troisième facteur clé est la capacité du Mozambique à se servir rapidement de l’aide externe. Dès avant la catastrophe, le Mozambique s’était préparé en organisant des plans de secours avec l’armée de l’air sud-africaine et les agences internationales telles l’UNICEF. Les contacts permanent avec l’Afrique du Sud permirent une mobilisation très rapide d’hélicoptères qui sauvèrent dès les premiers jours d’inondation 14.000 personnes.

« Même au moment où les eaux continuaient à monter, les accords préalables avec les agences des NU furent activés, de sorte que l’aide alimentaire, et plus important, les systèmes de purification d’eau et sanitaires furent immédiatement acheminés. Lors que la presse internationale arriva pour couvrir l’événement, le Mozambique affirma clairement que l’aide extérieure était bienvenue. Les ong comme Oxfam et MSF qui avaient l’expérience de la gestion des catastrophes naturelles arrivèrent rapidement et purent aider dès les premiers jours les personnes déplacées. Mais ils constatèrent que lorsqu’ils arrivaient sur le terrain, une organisation était mise en place. Ainsi lorsqu’Oxfam arrivait avec ses dispositifs de purification d’eau, les responsables locaux pouvaient indiquer à Oxfam les endroits où ils étaient nécessaires. Les officiels locaux planifiaient la distribution de nourriture. Les volontaires de la santé étaient disponibles là où il y avait des erreurs et des confusions. Bien sûr tout n’est pas parfait : il y a eu des échauffourées, bien que pas très nombreuses, et il y eut un sérieux problème de dons inutilisables et de médicaments périmés. Mais la priorité fut de mettre les gens en sécurité et de leur assurer abris, nourriture, eau propre et des latrines. »

Personne n’avait prévu les pires inondations depuis 150 ans mais au Mozambique, la planification, l’organisation locale, le sens communautaire et la solidarité, ainsi que la modestie, c’est-à-dire la capacité de demander de l’aide, a sauvé des milliers de vies.


(1) : Joseph Hanlon est le coauteur, avec Frances Christie, de "Mozambique and the Great Flood of 2000", published by James Currey (Oxford) in 2001

(2) : cet article est condensé de "Should US seek Mozambican disaster advice ? " By Joe Hanlon, in Mozambique News Agency AIM Reports , No.304, 9th September 2005