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racisme

la haine raciste, conséquence et symptôme du malaise social

dimanche 14 mai 2006, par Patrice Dx

C’est avec consternation que nous avions appris la tragédie qui s’est déroulée à Anvers, ce jeudi 12 mai... Ce crime nous émeut non seulement par sa cruauté mais aussi par sa logique de haine raciale. Nous ne pouvons que partager avec les familles et les proches des victimes leur deuil et leur douleur, mais nous voulons en outre exprimer non seulement notre inquiétude mais aussi notre détermination.

Récemment encore des crimes crapuleux ont interpellé les pouvoirs publics en matière de sécurité. Mais d’autres crimes ébranlent la possibilité même de vivre en paix dans une nation plurielle, car ils sont symptomatiques d’un danger réel pour la démocratie. En l’occurrence les assassinats commis à Anvers furent inspirés par une haine qui n’est pas seulement la conséquence d’un déséquilibre psychologique individuel... la haine raciste qui s’est manifestée ici fut délibérément distillée par des organisations et formations politiques. Certaines sont extrémistes et marginales, d’autres, se dissimulant sous le masque d’intérêts régionaux, ont pignon sur rue et droit de cité et obtiennent la faveur d’une fraction trop considérable de l’électorat.

Nous tenons à rappeler que la législation belge est outillée pour réprimer et juguler les manifestations de haine raciale et l’incitation au racisme. Elle est outillée pour empêcher les partis politiques racistes de saper la démocratie. Il faut donc appliquer la loi avec rigueur et détermination.

Quelle que soit la conjoncture politique et quelle que soit la légitimité des préoccupations propres à une région ou à une communauté linguistique, ni les citoyens ni les formations politiques ne peuvent admettre des alliances, sous quelque prétexte que ce soit, avec des formations politiques xénophobes ou racistes. La haine xénophobe ou raciste se nourrit souvent d’une frustration consécutive à la pauvreté ou à la précarité sociale. Nous ne pouvons tolérer l’exploitation haineuse d’une angoisse qui tire son origine - aussi bien dans le Sud de notre pays que dans le Nord - d’inégalités sociales de plus en plus criantes.

Association de solidarité et d’amitié avec un pays africain - le Mozambique - et son peuple, l’asbl "Amigos de Moçambique" affirme sa solidarité avec les ressortissants africains ou d’origine africaine vivant avec nous. Bien que beaucoup ont acquis la citoyenneté belge, ils restent susceptibles d’être la cible de préjugés ou d’actes racistes.

Nous avions constaté avec inquiétude les nombreux cas d’agressions racistes, dans certains pays de la communauté européenne, en Allemagne notamment ou en Europe de l’Est, envers des ressortissants africains, dont des Mozambicains. Nous nous refusions à l’idée que ce type d’événement puisse se produire dans une nation démocratique et tolérante où l’expression du racisme est hors-la-loi. Aujourd’hui, nous constatons que le racisme tue aussi en Belgique.

Nous sommes conscients des efforts, accomplis depuis plusieurs années par les pouvoirs publics, de lutte contre le racisme et de promotion d’une société multi-culturelle. Ces efforts ont certainement porté leurs fruits qui se manifestent par une plus grande tolérance inter-culturelle, une visibilité des minorités dans l’espace médiatique, et une présence de citoyens issus de l’immigration dans le monde politique. Mais les reliquats de préjugés et de haine ne peuvent être résorbés que si le refus éthique du racisme et la valorisation de la multiculturalité se concrétisent par une réelle égalité sociale, dans le monde professionnel, dans l’accès à l’emploi, au logement, aux droits sociaux.

Nous nous sentons aussi concernés par la situation, souvent inextricable administrativement et humainement intolérable, de ceux qui, pour une raison ou l’autre, se trouvent « sans papiers » et contribuent souvent, sans aucune protection sociale, à la prospérité d’employeurs peu scrupuleux. Nous appelons à une régularisation de plein droit de ceux qui, pour des raisons économiques, ont choisi - parfois au risque de leur vie - de vivre en Europe.

Mais nous savons aussi que le désir de vivre dans une Europe rêvée et admirée en Afrique, conséquence de la globalisation économique, conduit nombre de migrants dans les filets des trafiquants de main d’oeuvre et dans l’impasse économique et sociale. Les problèmes humains qui se posent ne peuvent se résoudre par les politiques d’immigration restrictives, par le déni du droit d’asile, ni même par une sélectivité utilitariste des candidats migrants... C’est dans un autre développement des pays pauvres et endettés que la solution doit être cherchée. C’est dans la pratique de l’égalité sociale et politique et dans le respect des droits humains que nous devons vivre, ici, avec les ressortissants étrangers, quelle que soit leur origine, leur culture, et leur situation sociale ou administrative.

Il ne nous appartient pas de dicter ni même de suggérer les formes gouvernementales et les politiques à mettre en oeuvre par les gouvernements des pays pauvres, mais nous avons, en tant que citoyens de pays prospères, la responsabilité et la possibilité de délivrer les pays du Sud d’une dette qui les accable et les enferme dans le cycle d’une paupérisation continue.

Sur un plan plus large nous préconisons une politique de coopération nord/sud axée sur le respect des souverainetés nationales et de l’autonomie économique des peuples, favorisant le développement auto-centré et durable, et des formes équitables de commerce international. Pour réduire les inégalités et donner toutes ses chances aux pays du tiers-monde, nous pensons nécessaires l’annulation de la dette extérieure publique des pays peu industrialisés ou appauvris, qu’ils soient du Sud ou d’Europe de l’Est et l’abandon des politiques d’ajustement structurel imposées par le trio Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Organisation mondiale du Commerce. Seul un réel développement économique et social permettra aux travailleurs des pays du Sud de vivre dignement sans être contraints d’émigrer dans les pays riches.

Dans l’immédiat cependant les pouvoirs publics peuvent prendre certain nombre de mesures urgentes pour endiguer la xénophobie et la haine raciste et communautariste.

- Renforcer sans concession l’application des législations réprimant l’incitation au racisme, à la xénophobie, à l’intolérance communautaire, au besoin en écartant les responsables politiques des formations racistes de toute perspective d’éligibilité.

- Ne plus tolérer l’arbitraire administratif dans les procédures de reconnaissance du droit d’asile et dans le traitement des étrangers en situation irrégulière. L’incarcération de personnes innocentes de tout crime ou délits, enfants y compris, dans les « centres fermés » est une pratique qui doit être abolie sans délais.

- Lutter contre l’exploitation négrière et la discrimination sociale par la régularisation des personnes dites « sans papiers » résidant en Belgique et y travaillant souvent sans aucune protection sociale.

- Favoriser l’intégration politique en informant largement les ressortissants étrangers de leur droit à participer aux prochaines élections communales et en facilitant leurs démarches administratives pour s’inscrire comme électeurs.


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