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la Chine et le Mozambique

vendredi 16 février 2007, par Patrice Dx

Lors de la visite du président Hu Jintao, la Chine et le Mozambique ont publié jeudi 8 février un communiqué conjoint, rendu public après un entretien entre le président chinois et son homologue mozambicain Armando Emilio Guebuza à Maputo. Selon le communiqué, un large consensus entre les deux présidents s’est créé sur les relations bilatérales ainsi que sur des questions régionales et internationales d’intérêt commun.

La Chine et le Mozambique ont développé depuis plus de trente ans des relations diplomatiques et de coopération. Selon l’agence de presse chinoise, le Mozambique adopte la position de la Chine continentale à propos de Taiwan, réaffirmant "son attachement à la politique d’Une Chine" et déclarant "s’opposer à "l’indépendance de Taiwan", sous quelle forme que ce soit, et à l’adhésion de Taiwan aux organisations internationales composées d’Etats souverains".

Hu Jintao a en outre annoncé le déblocage de prêts sans intérêt d’un montant global de 154,9 millions de dollars pour aider les secteurs de l’agriculture, de la santé et de l’éducation, et a en même temps rappelé l’annulation de la dette actuelle à concurrence de 20 millions de dollars.

Opération charme en Afrique

Mais le rapprochement avec la Chine s’inscrit dans une stratégie plus large de pénétration de la Chine dans le continent africain. Le développement économique et industriel oblige les chinois à rechercher de plus en plus de ressources naturelles ainsi que des débouchés commerciaux pour ses produit et se tourne en conséquence vers l’Afrique. Cette opération de charme diplomatique et économique s’avère très pragmatique. Pour pénétrer le marché africain et bénéficier des ressources naturelles du continent noir, la Chine propose un plan stratégique d’aide au développement : doublement de l’aide à l’Afrique, octroi de trois milliards de dollars de prêts, de deux milliards de dollars de crédits à des conditions préférentielles et création d’un fonds de développement de cinq milliards de dollars pour soutenir les entrepreneurs chinois et les encourager à investir en Afrique. Jintao entend "apporter un soutien ferme aux peuples africains pour la libéralisation nationale, le développement et le redressement du continent". Et de fait, les projets chinois de développement rencontrent des besoins essentiels : constructions de routes, d’écoles, de barrages, de stades ... mais ce n’est pas sans contre-partie. Les marchés africains sont actuellement inondés de produits chinois qui se vendent à un prix très compétitif par rapport aux importations en provenance des pays européens et par rapport à la production manufacturière locale. Certains s’inquiètent de cette "concurrence déloyale". Autre critique, contrairement aux investisseurs et donateurs européens, la Chine ne s’embarrasse pas de considérations éthiques sur la "bonne gouvernance locale", de plus les industries chinoises qui s’implantent en Afrique soit occupent des travailleurs chinois, soit imposent aux travailleurs africains les normes drastiques de la productivité asiatique, au détriment peut-être du droit.

Des ressources naturelles convoitées

La visite du président chinois au Mozambique a pour but de faciliter l’implantation économique de la Chine ainsi que l’accès aux ressources naturelles, particulièrement aux ressources forestières."Transformer les avantages de l’Afrique en matière de ressources en une force compétitive, et réaliser le développement durable de ce continent" (Agence de Presse Xinhua) tel serait le credo de la Chine. La Chine prétend avoir pris conscience des conséquences néfastes de la déforestation et lance des plans ambitieux de reforestation sur son territoire, tout en réduisant drastiquement les coupes. Cependant ses projets d’exploitation forestière au Mozambique inquiète les environnementalistes.

Un groupe de personnalités mozambicaines, intellectuels et universitaires, dont le sociologue Carlos Serra (du Centre d’Etudes africaines), ont adressé une lettre ouverte au président Guebuza, avant la visite de son homologue chinois, pour faire part de leurs préoccupations à ce sujet. Ils s’inquiètent de "la menace due à la néfaste influence de la mondialisation conduite par des puissantes forces politiques et économiques internationales associées à des intérêts privés nationaux", qui oblitéreraient tout développement soutenable. Ils rappellent le rôle essentiel des forêts dans la production et la préservation de la biodiversité, du maintien des ressources en eau, et dans la production de ressources basiques - bois, alimentation, plantes médicinales - pour la population locale. Ils rappellent en outre la fonction sociale, culturelle et religieuse, dans une société traditionnelle marquée par l’animisme, des forêts. "La disparition des forêts natives et avec elles de la riche biodiversité n’est pas récupérable, comme ne sont pas récupérables les effets néfastes de la mort des rivières, de la désertification et des changements climatiques qui se traduisent par le réchauffement de la planète aux conséquences incalculables dans l’économie et la destruction du tissu social, déjà affaibli".

Un rapport implacable

Le Diário de Mocambique du 26 janvier 2007 titrait : NAMPULA : MADEIRA APREENDIDA NO ANO PASSADO ATINGE MAIS DE 172.000 METROS CÚBICOS. 172.000 m³ c’est, pour donner une mesure, ce que 9500 camions peuvent transporter, à supposer que chaque camion transportent 18 m³ de bois. Ce chiffre qui parait invraisemblable ne porte que sur le bois saisi par les douanes, en provenance d’une seule province. Ce qui se passe à Nampula, se passe aussi dans le province du Zambèze, à en croire un rapport implacable sur l’administration forestière au Zambèze.

"Un self-service chinois" titre ce rapport de 100 pages rédigé pour le FONGZA (Fórum das Organizações não Governamentais da Zambézia) (1). Ce rapport et en lumière les mécanismes de corruption et l’intrication des intérêts en jeu dans l’exportation illégale de bois mozambicain par les Chinois. La Chine en effet est devenue le premier importateur de bois dans le monde, principalement de Russie, mais aussi d’Indonésie, d’Océanie, d’Amérique latine et d’Afrique. Elle ne s’encombre pas de scrupules écologiques à l’égard des pays tropicaux exportateurs et l’on estime que 50 % de ces importations sont illégales.

Le bois mozambicain est principalement utilisé pour faire du mobilier et à peine de la production chinoise de meubles est exportée. Les Chinois préfèrent exporter le bois en tronc, acheté au plus bas prix et non débités, pour minimiser les taxes d’importation mais surtout pour protéger les scieries chinoises et affaiblir la concurrence de l’industrie de transformation du bois des pays exportateurs. Le groupe "Green Crown" (qui opère en société avec Cheng Kee Meng) a une concession à Lugela. Ce groupe bénéficie de liens étrois avec l’élite locale, dont l’ex-président J. Chissano et l’ex-gouverneur de la province. Les acheteurs de bois accordent à des prix faramineux des concessions aux petits opérateurs qui comblent leurs dettes en prestations en nature, et sont victimes de pratiques douteuses : les quantités coupées sont sous évaluées, désinformation des autorités sur la nature et la valeur des bois exportés, corruption des fonctionnaires pour éviter amendes et taxes... Absence de volonté politique ; intrication des intérêts publics et privés, et complaisance des donateurs internationaux, font que même les organismes chargés de la préservation des forêts se trouvent impliqués dans la "mafia du bois".

Quelques mesures

En conclusion, le rapport du FONGZA propose une vision alternative de l’exploitation forestière au Zambèze dans la perspective d’un développement soutenable tenant compte de la valeur croissante des produits forestiers et impliquant les communautés locales. Ils préconisent à court terme le moratoire sur les exportation de bois brut (troncs) et une réforme drastique des concessions de coupe. Font aussi partie des mesures préconisées, la lutte politique contre la corruption et une révision de la législation de façon à donner plus de droits sur les ressources forestières aux communautés locales.

P.-S.

(1) A cette page, "Forest governance in Zambézia, Mozambique : Chinese Takeaway, de Katheriene MacKenzie" peut être téléchargé en format pdf (anglais ou portugais) sur le site de The Open university

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