INFO-MOÇAMBIQUE
Accueil du site > INFOS > Economique > Au boulot !

agriculture et développement

Au boulot !

A. Guébuza critique la paresse et l’apathie du paysan.

vendredi 20 avril 2007, par Patrice Dx

Tel pourrait être le mot d’ordre présidentiel énoncé par Armando Guebuza lors d’un meeting à Pebane, province de Zambeze. Au cours de ses déplacements, le président stigmatise la paresse - « le manque d’habitude et d’amour pour le travail » - comme une des principales causes du sous-développement rural et de la pauvreté.

Constatant que face aux richesses potentielles, de la fertilité des sols et de l’abondance des cours d’eau, il ne devrait pas avoir tant de personnes affamées et vivant dans l’extrême pauvreté, il insiste qu’il est impératif que tous les Mozambicains, en vue d’éradiquer la faim et la pauvreté, devrait « acquérir l’habitude de travailler » : il y a des gens qui « se reposent sans être fatigués d’abord. Leur travail est de se reposer jusqu’à ce qu’ils soient fatigués de se reposer ». Ce discours volontariste s’inscrit dans un appel à une « révolution verte » en vue de conquérir l’autosuffisance alimentaire : il est anormal, insiste le Président, que « l’on importe une grande part des produits alimentaires des pays voisins dont les conditions agricoles de ces pays sont identiques à celles existant au Mozambique » .

Dans le district voisin de Maganja de Costa, Guebuza a inauguré un marché local, construit à l’aide des fonds d’investissement alloués l’année dernière à chacun des 128 districts du pays

La qualification des paysans mozambicains en « paresseux » n’a pas manqué de susciter la critique des organisations paysannes qui se sentent peu soutenus par le gouvernement. Certes cette dénonciation de l’apathie est de nature à forcer le débat, en cela le propos peut être salutaire par son côté radical et le souci affiché de se libérer des dépendances économiques et des dettes extérieures. On se souvient toutefois que Guebuza, ministre de l’intérieur dans le gouvernement socialiste de Samora Machel fut responsable des « opérations production » des années 1982-83, au cours duquel les chômeurs des banlieues urbaines furent déportés dans les provinces rurales du Nord en vue de participer à la production. Faute d’appui logistique et du strict minimum pour survivre, beaucoup de ces chômeurs périrent de faim.

L’UNAC - l’Union national des paysans - s’irrite. Elle rappelle que les paysans ne peuvent consacrer plus d’effort s’ils ne sont pas mieux soutenus par l’Etat. La plupart des paysans sont trop pauvres pour acheter les engrais, les semences ou les animaux de trait qui amélioreraient leur productivité. Et l’UNAC rappelle que les pays voisins, plus prospères dans le domaine agricole, ont adopté une politique de soutien aux paysans.

D’un autre côté, la malnutrition chronique des enfants s’est accrue de 31 % en 1997 à 46 % en 2006 : les paysans pauvres deviennent encore plus pauvres. Ces carences alimentaires sont une des raisons les plus simples de cette « apathie » stigmatisée par Guebuza. L’officiel en délégation dans les zones rurales débarquant dans le village à 11 heures voit sans doute le paysan se reposant sous le manguier, mais il ignore, ou feint d’ignorer, que cet homme s’est levé, ventre creux, à 4 h du matin et a derrière lui 7 heures de travail harassant... l’UNAC veut renverser le cercle vicieux (apathie-pauvreté) en relançant la production par une aide technique même modérée : un peu d’engrais, un peu de semences améliorées contribuerait déjà à accroître la production, réduire la faim et par là améliorer la capacité de travail dès la prochaine saison.

Paradoxe : au moment même où Guebuza déplorait que le Mozambique doive importer de la nourriture du Malawi, le journal Noticias publia un article relevant que 13.000 tonnes de nourriture produites par un seul district de la province de Tete fut exportées illégalement vers le Malawi, tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’infrastructure locale - des marchés, des moyens de transports - pour écouler les produits agricoles excédentaires. Les débouchés intérieurs pour les produits alimentaires au Mozambique est limité par le fait que les paysans n’ont pas d’argent pour acheter les produits de base.

P.-S.

source : R. Hanlon, Agência de Informação de Moçambique Mozambique News Agency, par mail - mail 115 - 20 avril 2007
Noticias - Maputo - 19 avril 2007

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette